Bientôt en librairie
Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Météorique rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.
Samedi. Je suis libre. Hier soir, j'ai enlevé l'affiche de Nico, le chef d'oeuvre avec Steven Seagal,
qu'Arnaud m'avait offert et qui occupait, à l'allemande, un mur de notre bureau. Le poster était bizarrement parvenu à assassiner la banalité des lieux. “On se croirait dans
un commissariat” disait le producteur, qui avait autant d'humour qu'un jeune UMP en campagne. 8 punaises arrachées aux ciseaux, hop, dans mon sac à dos. Voilà. La partie
était jouée. Je quittais le train-train, je regagnais mon bunker chéri, je ne perdais pas un salaire, je fuyais simplement la mort. Mais je laissais avec regret Arnaud, Élodie,
Pierre. Il y aura de la revoyure mais ce ne sera pas la même chose. Il s'agira de se battre. Nos petites tranchées dérisoires me manqueront. Nos rires fous et nos regards comme
ailleurs également. Il y a, dans la répétition quotidienne d'une souffrance acceptable, quelque chose d'indiscutablement magique. Enviable. Nécessaire. L'enfermement, la fuite, en tout cas la
volonté de ne pas trop collaborer, est un devoir. Mais le travail offre tout de même de beaux instants de communion spontanée, invisible. Le soir, je m'effondre sur le canapé, je regarde
Zemmour et Naulleau, je n'écoute pas, je ne savoure pas mon évasion, non, je voudrais simplement pleurer. Mon existence est une chanson de Corinne Charby. Qui
roule, qui roule... Je n'avance jamais. J'abandonne. Souvent.
C'est fini. Il fallait partir. Merde.
Dimanche. Jules se réveille, me regarde et me sourit. Ses joues se tendent, ses yeux explosent, nous sommes un. Il est pourtant très tôt. Trop. Je hais les matins. Jules s'en
fout. Il a faim. Mais avant de brailler, il m'aime. Hier, je crois que le PSG a gagné. Qu'il gagne alors ! Qu'il envahisse l'Europe si ça lui chante. Je l'aime un peu
moins. Il me fait presque déjà l'effet d'une ex avec qui tu simulerais la jalousie juste pour te faire croire que tu ressens encore quelque chose. Quand tu ne veux pas que le passé soit
piétiné. Mais au fond, tu sais que ça brûle un peu moins, qu'on t'a pété à l'intérieur un truc fragile mais primordial. Comme tout le reste, il va falloir que je lutte. Mais je vais
l'écrire tellement je le crois : si le PSG devait emporter dans les années à venir une Ligue des Champions, elle aurait un goût amer. Un goût de mort, de haine aussi peut-être. Il y a encore
trois ans, les joueurs, les dirigeants, je les maudissais, les vomissais à quasiment chaque match, leur médiocrité avait de quoi rendre fou, je rêvais de finale un mercredi soir en direct sur
TF1, j'enviais les fans de Manchester, Milan, Madrid. Et marseille. Je déconne. Là, pas tout à fait rien à foutre mais pas loin
non plus. Je sens la nostalgie creusant déjà la terre. Mon fils vient au monde et je perds Paris. Le pauvre Chrétien que je suis ne peut évidemment s'empêcher de tout lier. La finale, je la
regarderai peut-être avec Jules, chez moi. Peut-être même sans potes. Triste avant même la première passe. Détruit deux heures plus tard, quoi qu'il arrive. Merde encore.
Lundi. Vu quatre films en une journée. Qu'il est bon de retrouver l'ancienne habitude. Pas mal. Bien sûr, le connard paresseux que je suis préfère s'avaler trois daubes. Paul
l'Extraterrestre, comédie patate, L'Emprise (ou L'Empire, me souviens plus) des Ombres, film d'horreur
prout prout et Black Death, fable médiévale sur la peste noire. BORIIIIIIIIIIIING ! Même la sublime Carice Van Houten (celle de Black
Book) en sorcière salope ne parvient pas à éteindre mon ennui. Heureusement, Halal Police d'État, le navet du duo Canal +, offre vingt
premières minutes parfois même hilarantes. J'en suis là. Sinon, un mec me raconte une anecdote trop parfaitement belle pour être vraie. Il me jure qu'elle l'est pourtant.
“Cantat se pointe à la bourre à un meeting avec le reste du groupe Noir Désir et des gens du label dans un bar. Le garçon lui demande ce qu'il désire boire
et le chanteur répond: “Un Bloody Mary, merci.” Je ne peux y croire. “Une Marie Brizard, gracias”, là, j'aurais presque pu adhérer. Mais là !!! Non !!! Formidable.
J'ai aussi déjeuné avec deux stars parisiennes : Sir Karim Boukercha et Lord Bertrand Burgalat. Dans un Asiat pas loin des Champs que mon imagination à deux
euros ne pût s'empêcher de transformer en restaurant clandestin où des bandits voyageurs viendraient se perdre. Burgalat me dit que son nouvel album est prêt. Toutes
Directions, si mon cerveau ne se fout pas encore trop de moi. Hâte indéniablement. Et peur. Si je n'aimais pas, devrais-je, pourrais-je lui dire ? Je crois qu'il l'a écrit au coeur
des montagnes. Peut-être un peu à Paris. J'ai confiance.
Mardi. Je croise sur un plateau télé l'écrivain Patrick Besson. Il ressemble à un enfant géant, qui rit de ses propres blagues. Il accepte de me dédicacer son dernier ouvrage.
“À Jérôme. Sacha Guitry”. Parfait.
Enfin, c'est Orange qui a les droits de diffusion de la CAN. Merde toujours.
Écoutons alors Soko. Une Française qui vit à Los Angeles et qui écrit de jolies chansons. Normal, elle a peur de la mort.
Photo & Texte - Jérôme Reijasse
Bonus :


C'est paru dans l'Humanité tout fraîchement. On savait que la Moitié de Carla avait fait poser des figurants tout le long de sa promenade au zoo - visite d'un chantier, avec un casque et tout.
Professionnel et consciencieux, il a voulu bien faire et entamer le dialogue. D'humeur joviale, nous rapportent les témoins, il a serré des mains et échangé. Inspiré, il leur a même lancé le délicieux et compatissant, présidentiel pour tout dire : "Bon courage pour travailler en plein air". En verve, affûté du verbe, il a changé de braquet : "Travailler en plein air, ce doit être plus agréable en été qu'en hiver". Ce qu'aucun représentant honnête de l'opposition ne saurait contredire. Concerné, impliqué, il ajouta même, pour balayer les éventuelles objections : "Je préfère les journées comme cela que quand il pleut". La messe était dite, la cause entendue : Sarkozy parlait l'ouvrier !
Il allait refaire les poches des Le Pen, father and daughters...
Pourquoi a-t-il cru bon d'ajouter à l'adresse d'un ouvrier noir le pénible : "Ça change du pays, quand il fait moins 8"!?
En signature aujourd'hui, de 15h à 17h près du Centre Pompidou, place Stravinsky, 75004 Paris (Métro Rambuteau - RER /Les Halles)