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Dom-Tom, Caraïbes & Amériques

Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 13:06

Marie-Laure de Villepin


Novembre 2003. (…) Je m’étais rendu au salon du livre de Brive pour y signer L’Expédition, mon second roman, qui racontait, du point de vue de Pauline Bonaparte, ce qui s’était passé en Haïti en 1802-1803. Comme il est épuisé, je n’ai aucune fausse honte à dire que c’était, selon moi, un bon livre et, dans la naïveté de mes débuts, je m’attendais à avoir un peu de presse. Il n’en fut rien, mis à part une émission sur RTL. (…) On jugea le sujet fort scabreux puisqu’il mettait en cause Napoléon. Le politicien en vogue, Villepin, ministre des Affaires étrangères fort content de lui, et se piquant d’écrire, était un fanatique de ce tyran. (…) C’est pendant que je signais mes livres, attendant un peu tristement le chaland, que je reçus l’appel de l'ambassadeur Selz, ancien ambassadeur au Gabon et Monsieur Afrique de la commission Debray, m’annonçant que le guérilléro bavard voulait me voir de la part de la vieille dame de la rue Las Cases. Peu après, un brouhaha se fit entendre. C’était l’arrivée de l’écrivain-ministre Villepin qui venait d’« écrire » quelque chose. D’après un de ses éditeurs, qui n’est certainement qu’une mauvaise langue, il aurait « fallu beaucoup l’aider » comme on dit dans le jargon du métier. La flagornerie était telle que, pour honorer cet incomparable homme de lettres, on lui avait décerné dès son arrivée le grand prix du salon de Brive. Pour être sûr d’avoir du monde à son stand, qui par une ironie du sort, était presque en face du mien, il s’était fait accompagner par Bernadette Chirac. Une meute de journalistes était aux trousses du Dauphin. Les rombières locales, l’opus ministériel à la main, trépignaient d’impatience et d’émotion, prêtes à se battre pour un regard de ce nouveau Talleyrand. De mon côté, c’était beaucoup plus calme. Une admiratrice s’approcha. Une jeune femme blonde, la quarantaine. Prenant en mains un exemplaire de mon livre, elle engagea la conversation. Mon ouvrage avait vraiment l’air très intéressant. Elle aimait beaucoup les Antilles en général et Haïti en particulier. Elle avait assisté à la représentation de Monsieur Toussaint, la pièce d’Edouard Glissant, mise en scène par Greg Germain à Pontarlier, près du fort de Joux. Elle finit par me dire qu’elle était amie de Glissant et même qu’elle irait avec son mari passer Noël chez lui, à la Martinique. La conversation s’engagea sur Haïti. (…) Une petite demi-heure s’étant écoulée, mon admiratrice me dit qu’elle devait partir, mais qu’elle aimerait que je lui dédicace mon livre. Lorsque j’eus le stylo en main, elle me dit que c’était pour son mari (…) avec un petit sourire et en baissant un peu la voix : « Dominique de Villepin ». C’était Marie-Laure Leguay, épouse de Villepin, béké de la Martinique, qui était ainsi venue au contact. On se doute que ce n’était pas un hasard, puisque je venais de recevoir l’appel de l’ambassadeur Selz m’invitant à rencontrer Régis Debray. Je fis ma dédicace à Dominique de Villepin « en espérant que cette lecture vous incite à célébrer dignement le bicentenaire d’Haïti. » La dame me demanda mes coordonnées que je lui laissai. Comment pouvais-je me douter que son mari allait préparer un coup d’Etat contre Haïti pendant les vacances de Noël dans la villa martiniquaise d’Edouard Glissant et qu’elle en était certainement informée ?

PS : www.claude-ribbe.com

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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 07:53
Version collector (12 mn, avec tout le monde)


Version tube (4 mn, avec le gratin, la crème, les élus)



Questions 
Qui apparaît dans le 12 mais plus dans le 4 minutes ?
Qui a fait les choix ?
Selon quels critères ?
Fallait-il faire un titre sans Kéry James (qui, de son côté, préparait le sien)?



(qui ressemble, d'ailleurs, pas mal à ceci :)



Mais vient à point nommé démontrer que loin du coeur n'est pas toujours loin des yeux... Extrait d'une interview de Kéry James dans Grioo (mai 2008)

En tant que haïtien que penses-tu de la politique de ton pays qui fait beaucoup parler d’elle surtout en ce moment avec la hausse des prix qui met le pays dans une position encore plus délicate qu’il ne l’était déjà.
 

Je ne suis pas du tout la politique là-bas, je suis trop occupé avec mes problèmes ici, j’ai une pensée pour eux bien sûr, mais je ne suis pas informé, je n’ai presque pas de famille là-bas, j’ai toujours vécu ailleurs, on a beau dire ce qu’on veut, on est d’ici. C’est un pays dont je suis fier parce que c’est le premier pays noir qui a eu son indépendance. Peut-être que dans cinq ans j’aurais vraiment besoin de revenir en arrière mais je ne vais pas mentir et faire le mec cultivé qui s’intéresse à tout, je ne suis pas au courant de ce qui se passe en Haïti.

Alors qu'il suffisait de faire ça...



1 titre avec un seul auteur (mais le bon), 1 seul producteur et seulement 30 artistes conviés.


"Let the ego at the door !"

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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 01:46

Ribbe

(…) Aristide m’invitait à venir le voir pour bavarder de l’histoire d’Haïti. J’en provoquai l’occasion en proposant un livre d’entretiens à Jean-Paul Bertrand, mon éditeur depuis huit ans, qui m’envoya bientôt sur place. (…) Mon impression, corroborée par une minutieuse enquête sur le terrain, fut très différente de ce que j’avais entendu à Paris. Je découvris un homme sympathique, doux et cultivé qui n’avait nullement renoncé aux objectifs sociaux qui, par deux fois, l’avaient fait élire à une très large majorité. Seulement, comme il était inflexible quant à l’indépendance de son pays, les Américains avaient mis ce pays sous embargo et avaient engagé contre son président légitimement élu une campagne de dénigrement (…) Une « opposition » avait été montée de toutes pièces par un Syro-américain vivant en Haïti (et n’ayant pas la nationalité haïtienne), André Apaid, milliardaire blanc de peau agissant notoirement pour la CIA, mais présenté par la presse française comme un Haïtien noir représentatif des travailleurs. L’enjeu ? Le sous-sol d'Haïti, jusque-là inexploité : pétrole, uranium, or, cuivre, iridium. Aristide était au fait des richesses potentielles de son pays. Les Américains aussi. Ils savaient qu'il savait. (…) Le problème n'était plus de savoir si ce qu'on disait de lui était vrai ou pas, mais de savoir s'ils réussiraient à l'éliminer avant la célébration du bicentenaire d'Haïti. À mon retour j’avais pris rendez-vous avec Mme Waag-Makaïa, la secrétaire des Affaires étrangères rencontrée « par hasard » dans le train du fort de Joux pour lui donner mon sentiment sur Aristide : visiblement, tout ce qu’on disait relevait d’un coup monté des plus grossiers. L’intérêt de la France était de tendre la main aux Haïtiens et de se joindre à leurs louables efforts pour célébrer le bicentenaire de la république nègre. (…) Je me retrouvai bientôt dans un bureau, entouré de quatre diplomates, dont plusieurs, franchement agressifs, me harcelèrent de questions imbéciles dans lesquelles se trouvaient déjà toutes les réponses. On alla jusqu'à me reprocher d'avoir parlé à Aristide, car, disaient-il, il « ensorcelait » tous ceux qui l'approchaient ! En France, on appelle ça le charisme, mais quand il s'agit des nègres, le raciste perd toute rationalité et reproche aux autres la pensée primitive qui n'est en réalité que sa pensée propre. La haine qui étincelait dans leurs regards me surprit beaucoup. J’étais français et je venais simplement donner mon opinion d'intellectuel sur un dossier qu’il leur appartenait de gérer. Cependant, les petits énarques qui m’entouraient ne faisaient aucun effort pour dissimuler un racisme que je n’aurais pas soupçonné dans une administration française de ce niveau. Pour ces gens, j’étais un étranger dans mon propre pays.

(à suivre)


The Kidnapping Coup

Photo - GP (avec le numérique à Ma Solange Oussou)
PS : www.claude-ribbe.com
 

 

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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 08:06
Ribbe

7 avril 2003. Le monde entier célébrait le bicentenaire de la mort de
Toussaint Louverture, enlevé et assassiné par Napoléon. En France, une seule manifestation, organisée par le Fort de Joux. Pour représenter le gouvernement Raffarin, Hamlaoui Makachera, le ministre des Anciens combattants ! La loi Taubira avait été votée depuis deux ans déjà, mais le gouvernement refusait obstinément de prendre le décret d’application qui permettrait à cette loi d'être autre chose que lettre morte. (…) L’exhumation de l’histoire de l’esclavage est un des volets de la lutte contre le racisme et la lutte contre le racisme est, en soi, une prise de position éminemment politique, un regard révolutionnaire et ravageur soudain porté sur le monde. (…) J’avais décidé de me rendre au fort de Joux pour saluer la mémoire du martyr de la liberté et j’avais réservé un billet. Dans le train, je me trouvais curieusement assis à côté de la diplomate, blonde évidemment, chargée d’Haïti au quai d’Orsay. (…) Elle s’appelait Dominique Waag-Makaïa. Naturellement, elle m’invita à passer à son bureau. Ce qui est plus curieux, c’est qu’elle était toujours à côté de moi dans le train du retour. Je le lui fis remarquer et elle ne me répondit que par un petit sourire entendu. Un conseiller à la présidence de la République d'Haïti, le regretté Pierre Claude, avait lié conversation avec moi au fort de Joux. Il m'exprima, au nom des Haïtiens, sa gratitude pour mon combat en faveur du général Dumas. Devant rentrer au pays, il m’engagea à lui confier un exemplaire de mon dernier livre, L’Expédition, qu’il transmettrait au président Aristide. Je ne connaissais ce dernier que par toutes les calomnies dont on m’avait jusqu’alors abreuvé. La chose qui me semblait louche, c'était que les journalistes français se déchaînaient contre Aristide, mais ne parlaient jamais de Duvalier, que la France hébergeait pourtant depuis 17 ans. Il faut dire qu’Aristide, en ce 7 avril 2003, avait eu l’audace de faire savoir aux Français qu’il avait fait le calcul de ce qu’avait coûté en définitive, emprunts compris, le racket imposé par la France en 1825. Il en arrivait au chiffre de 21 milliards de dollars. La perspective d’un procès engagé par le petit État pour faire valoir ses droits avait mis en effervescence le gouvernement français, et surtout Villepin, ministre bonapartiste des Affaires étrangères, qui se voyait président de la République française en 2007.

(À suivre, évidemment) 

Photo - GP avec le numérique à l'Ambassadrice

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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:20

Marathon Artistique : Tous Haïtiens au Splendid ! 24 janvier. Paris.

Images - Ma Solange Oussou

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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /Fév /2010 18:36

1 couv-Robinson-Haiti-Presse

coll. Ethiopica, Éditions Alphée-Jean-Paul-Bertrand sortie : 18 février 2010 


Que sait-on d’Haïti ? Qui pleure les morts des catastrophes qui jalonnent son histoire ? Des millions de morts, bien avant le séisme, victimes des caprices des hommes, plus ravageurs encore que ceux de la nature. Frappée par le racisme depuis Colomb, colonie française niée par Chirac, Haïti était trop proche de Cuba pour échapper aux convoitises des États-Unis, et être laissée sous la responsabilité de Jean-Bertrand Aristide, premier président démocratiquement élu.

En souvenir de Jefferson et de Bonaparte, Washington et Paris, en 2004, se sont ligués pour enlever un président, le déporter en Afrique et faire passer ce coup d’État pour une démission sous la pression d’une « opposition » montée de toutes pièces. Le peuple proteste ? Les forces armées états-uniennes ripostent contre ces « rebelles ». La répression a fait couler beaucoup de sang mais, paradoxalement, peu d’encre. La presse française s’en est tenue aux communiqués du ministre des Affaires étrangères, un certain Dominique de Villepin. Témoin du coup d’État, Randall Robinson, dans Haïti : l’insupportable souffrance, grâce à des sources de première main, lève enfin le voile sur des vérités jusque là occultées : complot politique, intoxication de l’opinion. Tout cela parce que  des esclaves ont osé s’émanciper en 1804 ! Manipulée par d’anciens pays esclavagistes soucieux de revanche, Haïti reste la proie des calomnies et du mépris des pays colonisateurs.  

Le livre de Randall Robinson, best-seller aux États-Unis, a été plébiscité par Clinton et Obama. Robinson y révèle d’effroyables secrets d’État qui prennent un singulier relief depuis le drame du 12 janvier 2010. Hasard ou coïncidence ? Nicolas Sarkozy, qui s’est étonné, lors d’un récent voyage en Afrique du Sud, du sort réservé au président Aristide, vient d’avancer son voyage en Haïti, pour le faire coïncider avec le jour prévu pour la sortie du livre. Cet ouvrage, programmé bien avant le séisme, est publié chez Alphée, dans la collection Ethiopica fondée et dirigée par Claude Ribbe, qui en a rédigé la préface.

 


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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /Fév /2010 12:22
Ribbe

Jean-Claude Duvalier, clandestinement hébergé par la France depuis 1986, fut mis dans la boucle. N’était-ce pas Debray qui avait géré son arrivée en France en 1986 au moment de la transition entre Fabius et Chirac ? Duvalier n’était pas venu les mains vides. Dans l’avion des services secrets américains qui l’avait déposé à Grenoble, il y avait 900 millions de dollars d’économies, ce qui explique sans doute que son séjour temporaire en France, prévu pour six mois, se soit prolongé pendant 24 ans sous haute protection policière. (…) Chez madame Rossillon (voir précédent extrait), j’eus droit au dessert à un portrait apocalyptique tant du président Aristide que de ses partisans, dont elle alla jusqu’à mimer l’accent « haïtien » avec un mépris ostensiblement raciste qui me terrifia. (…) Je reçus quelques jours plus tard un appel de M. Selz (ancien ambassadeur au Gabon, placé auprès de Régis Debray pour déstabiliser Haïti en Afrique), m’annonçant que Debray voulait me voir, à la demande de Mme Rossillon. Pour composer sa commission, l'ex-guérillero bavard avait réuni un noyau dur d’universitaires chargés d’accréditer les thèses de Pétré-Grenouilleau et de discréditer tous ceux qui les critiqueraient : Myriam Cottias et Jean-Marc Masseaut, négrologues labellisés par le gouvernement, Marcel Dorigny, l’aile « chiraquienne » du Parti communiste, chargé de contrôler les travaux universitaires entrepris sur l’esclavage dans le cadre d’une association rassemblant quelques thésards naïfs, Yvon Chotard, un socialiste qui devait bientôt se défroquer pour passer à l’UMP et animait alors l’association les Anneaux de la mémoire, antenne associative du quai d’Orsay. Pour faire bonne mesure et colorer un peu cette commission de visages pâles, Jacky Dahomay, prof de philo guadeloupéen incapable d'être reçu à l'agrégation, mais qui bénéficiait d'un tout autre sésame puisqu'il était le protégé de Blandine Kriegel, une maoïste devenue, en s’embourgeoisant, conseillère de Chirac et présidente du Haut conseil à l’intégration (et, enfin, compagne à la ville du considérable Alexandre Adler, passé, lui aussi, des cellules du PC à celles, dormantes, d'Al Quaïda, ndlr).
Régis Debray (…) embarqua dans cette nouvelle aventure le père dominicain Gilles Danroc. Serge Robert, PDG de la Banque des Antilles françaises, représentait les intérêts financiers des Békés de la Martinique dont madame de Villepin faisait secrètement partie. Le sociologue Gérard Barthélémy devait mettre à la disposition de Debray son carnet d’adresses en Haïti. Quant à François Blancpain, spécialiste du racket imposé aux Haïtiens par la France en 1825, il devait élaborer un argumentaire permettant de ne pas rembourser ce qui avait été extorqué. (…) On leur demanda simplement de saboter le bicentenaire en le discréditant à travers leurs réseaux. Il suffisait de dire qu'Aristide était un satrape pervers et corrompu : une thèse concoctée dans les officines de la CIA et qui serait reprise à pleins poumons par toute la presse française. Le rôle clé de cette commission était détenu par quelqu’un qui n’apparaissait pas dans l’organigramme, la générale Albanel, alias Véronique de Villepin qui était envoyée par son frère comme une nouvelle Pauline Bonaparte accompagnant ce général Leclerc chargé de rétablir l'esclavage qu’était devenu Régis Debray. Un esclavage qu'on appellerait désormais « tutelle ». (À suivre) (évidemment !) 


Texte - Claude Ribbe   Photo - Le Gri-Gri

PS : www.claude-ribbe.com
PS 2 : les quatre précédents choix d'extraits tirés du blog de Ribbe figurent ci-dessous

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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 21:41



Marathon Artistique : Tous Haïtiens au Splendid !
Le 24 janvier à Paris.

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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 14:00

PS : interview du président haïtien Aristide à Prétoria en février 2005)
 
   
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /Fév /2010 09:00

Ribbe

(…) Alors parlons de Régis Debray que j'admire beaucoup, je tiens à le préciser. (…) Les mauvaises langues – dont la fille de Che Guevara qui n’est certainement qu’une folle minée par le chagrin - disent que c’était un traître vendu aux Américains. Viles calomnies, évidemment, simplement fondées sur le fait que Che Guevara, qui se trouvait secrètement en Bolivie en 1967 et dont une taupe de la CIA révéla la présence, écrivit des choses dans son journal. (…) Le 28 mars :
« Le Français a défendu avec trop de véhémence le fait qu'il serait utile dehors. »
Je ne vois là que des soupçons infondés. Debray, jeune intellectuel gaulliste déguisé en guérillero, fils d’une sénatrice gaulliste et de… je ne sais plus qui, un autre gaulliste, je crois, était à l’époque en Bolivie avec Che Guevara. Mais il était pressé de s’en aller. Le Che se méfiait de cette envie précipitée de prendre l’air. Hasard heureux ou malheureux (on ne sait trop), Debray a été arrêté par les Boliviens qui travaillaient avec la CIA. Une fois aux mains de ces gens, je ne doute pas qu’un intellectuel de la trempe de Debray a été discret. Mais le Che, lui, avait des doutes. Après l’arrestation de Debray et de son compagnon Bustos, un autre intellectuel émérite, aussi fiable que Debray, les Boliviens et la CIA furent informés que le Che était en Bolivie. Après cette arrestation, voici ce que le Che note, à la date du 30 juin 1967 : « ... Sur le plan politique, le plus important est la déclaration officielle d'Ovando selon laquelle je suis ici. De plus, il a dit que l'armée fait face à des guérilleros parfaitement entraînés qui, même, comptaient des commandants vietcongs qui avaient mis en déroute les meilleurs régiments nord-américains. Il se base sur les déclarations de Debray qui, semble-t-il, a parlé plus que nécessaire bien que nous ne puissions savoir quelle implication cela a, ni quelles ont été les circonstances dans lesquelles il a dit ce qu'il a dit... »

Debray avait été arrêté et interrogé par les Boliviens et la CIA, notamment les 8 et 14 mai 1967. Je ne doute pas qu’il ait été héroïque, même s’il avait reçu quelques claques. Pauvre Régis ! Toujours dans son journal, Che Guevara note encore, à la date du 10 juillet : « Par ailleurs, les déclarations de Debray… ne sont pas bonnes ; surtout parce qu'ils (Debray et Bustos) ont fait des confessions à propos du but continental de la guérilla, chose qu'ils ne devaient pas faire. » Des « confessions » ? Et puis quoi encore ? Là, je doute de l’honnêteté du Che.

(à suivre)

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