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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

#Mugabe / Ils récupèrent la part du lion de nos ressources. Et il faut y mettre fin. (2002, interview avec Marie-Roger Biloa)

Publié le 10 Septembre 2019 par Marie-Roger Biloa, Africa International, Gri-Gri International in Zimbabwe, Devoir d'histoire

 

"Ma vérité", Robert Mugabe interviewé par Marie-Roger Biloa en 2002

Robert Mugabe répond ici aux questions du journal Africa International n°358-359 de novembre 2002. Le président du Zimbabwe, combattant père de l’indépendance, est au pouvoir depuis 1980. Le combat pour la redistribution juste des terres fait de lui, à chaque sommet africain ou international, « l’homme à abattre » des médias occidentaux et de certains médias africains qui leurs sont inféodés : « Mugabe le raciste, tortionnaire, dictateur… »; Bref, celui qui avait été adulé par les mêmes médias occidentaux en 1979 au moment de Lancaster house, accord qui scellait l’indépendance du Zimbabwe, au point d’être érigé en « modèle de démocratie pour tous les Africains » est aujourd’hui un dangereux pestiféré.

Pourquoi Mugabe rejoint ainsi « l’axe du mal » dixit Bush, Blair et Sharon en compagnie de feu Kabila, Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Yasser Arafat, Le FPLP Palestinien, Georges Habache, Fidel Castro, Kim Jong Il, Hugo Chavez, Lula Ignacio, les FARC de Colombie, le PCP philippin, ainsi que les « anti-mondialistes », etc ? Mais tout simplement, parce qu’il a osé dire non à l’assujettissement, à l’asservissement et à l’exploitation. Défendre la souveraineté nationale, la justice sociale et le droit des peuples sur leur terre, leurs richesses nationales est devenu « un crime de lèse majesté » pour les serviteurs zélés des multinationales impérialistes.

L’impérialisme assassin qui s’apprête à abattre un déluge de feu et de sang sur le peuple irakien dans le sillage des sionistes fauteurs du génocide en cours du peuple palestinien considère en effet la soumission et la servilité esclavagiste de Eyadéma (Togo), Déby (Tchad), Patassé (Centrafrique), Bouteflika (Algérie), Mohamed VI (Maroc), Compaoré (Burkina Faso), des Gbagbo, Ouattara, Bédié (Côte d’Ivoire), Biya (Cameroun), Wade (Sénégal), etc, pour ne citer que quelques uns des autocrates qui sévissent sur le continent africain.

Et pourtant dans le cœur et la raison des peuples africains, Robert Mugabe est manifestement d’une indéniable popularité : Robert Mugabe est « le président qui lutte pour reprendre aux Blancs les terres qu'ils ont volées aux Noirs », comme l'a écrit un journal sud africain. A Johannesburg, lors du dernier sommet de la Terre, une salve d'applaudissements a salué son interpellation directe du Premier ministre britannique : « Monsieur Blair, occupez vous de votre Angleterre et laissez ­moi gouverner mon Zimbabwe » ! C’est pourquoi, nous pensons nécessaire de lui donner la parole afin qu’il démasque les dessous des médias mensonges véhiculés à son propos.

Diagne Fodé Roland

 

 

Africa International : Où en êtes vous avec votre réforme agraire ?

Robert Mugabe : Nous sommes arrivés au terme d'une étape importante. Le gouvernement a désormais achevé la mise en place des deux principaux volets du programme de répartition et de mise en valeur des terres. Le premier volet, appelé « AI », concerne la subsistance des petits paysans les plus pauvres qui étaient confinés dans des zones surpeuplées et les « réserves autochtones ». Le gouvernement les a déplacés vers de nouvelles parcelles où ils peuvent bénéficier de douze hectares de terre et de pâturages communs pour le bétail. Le gouvernement y crée des infrastructures de vie et leur fournit du petit matériel agricole et de l'assistance par l'intermédiaire d'un organisme, Agritex. Le second volet, « A2 » est commercial. Vous pouvez être professeur d'université ou dans n'importe quel autre secteur; il vous suffit de faire acte de candidature en exposant votre projet, les ressources et moyens financiers dont vous disposez en propre. Et nous avons reçu plus de 100 000 demandes de toutes sortes, émanant du plus bas au sommet de la hiérarchie sociale, qui sont traitées, contrairement aux accusations, sans discrimination. Après examen, près de la moitié relevaient en fait du volet « AI ». Pour le reste, les demandes concernaient toutes les zones du pays, périurbaines ou rurales, que nous avons répertoriées, portant sur 100, 200 hectares, la superficie étant limitée à 2000 hectares dans les parties les plus fertiles ou celles classées réserves écologiques. Dans les zones plus sèches nécessitant l'irrigation et où l'on peut cultiver du coton, les règles sont très souples. Le Matabele Land, domaine des grands élevages et des ranchs, est la quatrième région. Ici, aucun des Blancs possédant une seule ferme dans les tailles réglementaires n'est inquiété, Aucun ! Les cris d'orfraie que vous entendez viennent des seuls qui refusent la réforme. Nous avons près de 4500 fermiers blancs. Seuls 1500 à 2000 d'entre eux n'acceptent pas le programme et c'est uniquement pour eux que Tony Blair et les Européens se font du souci... Combien de temps encore allons nous accepter cela en Afrique ? Voilà le programme de réforme agraire. Aucun fermier n'est laissé sans terre, je dis bien aucun. La propriété de certaines terres revient désormais à l'Etat, mais les fermiers blancs, en utilisant leurs propres ressources, peuvent les exploiter à leur guise et cultiver du thé, du tabac, des fruits, et même bénéficier de l'assistance gouvernementale pour ceux qui le souhaitent, en particulier à l'approche de la nouvelle saison. Ceux qui ont de l'eau dans leurs fermes s'en sortent particulièrement bien. Cela dit, j'exclus les immenses exploitations dont certaines s'étendent sur 100.000 hectares. C'est le cas, par exemple, de Nick Oppenheimer à qui j'ai demandé de céder à la nation une partie de ses terres. Il a refusé... Vous voyez donc que nous avons adopté une approche particulièrement humaine et que nous recherchons une indispensable justice sociale.

 

Le problème des terres confisquées par les colons blancs dans la violence de la conquête de l'ex Rhodésie était en tête des revendications du « combattant de la liberté » que vous étiez. Comment se fait il que vous ayez attendu plus de vingt ans après l'indépendance pour lancer cet immense chantier ?

R.M.: Mais nous nous sommes toujours préoccupés de la question et avons insisté qu'il fallait beaucoup d'argent ! Nous avons fait des efforts de notre côté, mais c'était insuffisant. Les Américains nous ont répondu que le contribuable américain ne comprendrait pas pourquoi il allait mettre de l'argent dans les poches de citoyens britanniques... Nous avons réussi à leur faire admettre qu'il s'agissait d'une réforme agraire fondamentale, à caractère national. Cette question a fait l'objet d'intenses négociations avant et après l'indépendance de notre pays survenu en 1980. Les Britanniques nous avaient promis des fonds par écrit, dans les Accords de Lancaster House qui promulguent l'indépendance du Zimbabwe. Ils n'en ont débloqué qu'une partie.

Nous avons néanmoins commencé les relocations. Après un temps, ils ont estimé qu'ils avaient donné assez d'argent : nous n'en étions encore qu'à 75 000 paysans réinstallés. Aux Etats Unis, le régime avait changé avec l'avènement de Ronald Reagan et il nous a été répondu que nous ne méritions aucune aide parce que nous avions plus souvent voté du côté des Russes que des Américains! Les voilà qui ne tenaient pas leur promesse.

A un moment donné, nous avons menacé les Britanniques de procéder à des expropriations par la force, s'ils continuaient à nous abreuver de mots sans rien de concret. Ils se sont alors mis d'accord pour un programme de financement dont plusieurs aspects nous convenaient. C'était sous le régime des Conservateurs. Je me souviens que cette année là, j'ai abordé la question au sommet de l'OUA et présenté un mémorandum détaillant l'urgence. Quand Tony Blair du parti Labour (travailliste) est arrivé au pouvoir, nous l'avons relancé. Il nous a été répondu que la politique des conservateurs ne les engageait guère et que leur priorité était la réduction de la pauvreté mais pas la réforme agraire… La période coloniale étant révolue, ce n’est plus à eux de fixer nos priorités en nous envoyant balader ! Nous avons alors décidé d’agir en toute responsabilité.

 

Comment appréciez vous l'attitude des pays africains face au bras de fer qui vous oppose désormais à Tony Blair ?

R.M. : L’ Afrique nous soutient. Dans toutes nos rencontres, les Africains sont sensibles à notre combat, ils ont soutenu les élections chez nous et l'OUA a reconnu leur validité. Plusieurs voix africaines se sont élevées pour condamner les décisions du Parlement européen qui nous interdisent de voyager en Europe. Ils visent ma personne, mais ceci ne m'affecte pas beaucoup puisque que je n'y séjourne que rarement; tout au plus en transit vers d'autres destinations dont l'Amérique. Je n'ai jamais passé mes vacances en Europe, mais toujours en Afrique... Nous avons besoin de la cohésion et de la solidarité de notre continent, à un moment où les ingérences dans les affaires intérieures nous infantilisent plus que jamais parce que nous sommes « pauvres ». Je me réjouis beaucoup de toutes les marques de soutien que je reçois; notre cas montre qu'il est urgent que l'Union africaine s'affirme, que nos politiques et orientations propres soient opposables aux différents systèmes de domination. Nous devons penser, réfléchir comme des Africains, défendre nos propres intérêts, pas ceux des autres qui les défendent eux mêmes très bien ! Il est vrai que nous avons tendance à nous laisser guider par d'autres en raison de notre dépendance envers l'Europe; c'est à nous de leur rappeler la leur envers l'Afrique. Sans les dividendes provenant des anciennes colonies, l'économie britannique ne se porterait pas aussi bien. Au Zimbabwe, les entreprises les plus rentables sont britanniques ; Lonrho, Rio Tinto et le reste, qui puisent dans notre richesse. Et nous devons y mettre fin maintenant et leur dire : OK, au moins ce sera fifty fifty, ou alors mieux vaut pratiquer directement le vol... Ils ne peuvent pas continuer de la sorte à nous exploiter. Nous cultivons le cacao qui fait leur chocolat, le thé qu'ils n'ont pas honte d'appeler « thé anglais »  alors qu'aucune feuille de thé ne pousse chez eux   le bois, l'or et toutes sortes de minerais imaginables! Que croyez vous que les Britanniques recherchent en Sierra Leone ? La lutte contre la pauvreté ?

Il nous faut construire des solidarités. Voyez les pays qui possèdent du pétrole; ils n'en tirent pas grand profit, certains ne touchent que 10% de ce qu'il rapporte et demeurent pauvres! C'est terrible. Certains croient pouvoir imputer cette situation à un mauvais leadership et à la corruption qui existent aussi, mais le fond du problème est qu'ils récupèrent la part du lion de nos ressources. Et il faut y mettre fin.

 

Finalement, quelle issue voyez vous à la crise aiguë que traversent vos relations avec le gouvernement de Tony Blair ?

R.M. : Il n'y a pas d'issue avec ce gouvernement de petits types ! Ils n'ont aucune expérience et ne savent pas raisonner! Vous savez, nous avions de meilleurs interlocuteurs avec les Conservateurs; ils se montraient mieux éduqués, plus au fait des réalités du monde et de la gestion des problèmes. Tout le contraire de Blair et de sa bande, qui se sont manifestés dès le début par des gaffes. Quand on vient de la rue et qu'on se retrouve à Downing Street (adresse du Premier ministre britannique, NDLR), que peut on attendre d'autre ?

 

 

Tout part de la terre….

 

La guerre de libération contre le régime colonial et ségrégationniste de Ian Smith a duré quatorze ans. En 1980, au moment de l'indépendance du pouvoir britannique, les accords de Lancaster House imposent un moratoire de dix ans sur le règlement de la question fondamentale qui avait été au centre de toutes les revendications: la redistribution des terres confisquées par les colons blancs. Plus de vingt ans après, la physionomie du paysage porte encore les marques de cette domination : sur des dizaines de kilomètres, des routes rectilignes traversent des domaines soigneusement clôturés, où des fermiers blancs produisaient le tabac (40 % des recettes d'exportation), du maïs, mais aussi des fleurs et du paprika, et avaient créé des " réserves " destinées à attirer les touristes étrangers. En 1980, 6 000 fermiers blancs (4 000 en 2002) possédaient 15,5 millions d'hectares, dont 45 % des terres les plus productives. Au bout des grandes routes, par des pistes sablonneuses, on découvre les « terres communales », les anciennes réserves, où vivent 700 000 familles d'agriculteurs africains, sur des sols morcelés, érodés, parsemés de pierres.

Les accords de Lancaster House imposant le dédommagement des fermiers expropriés, le gouvernement, dix ans après l'indépendance, n'avait réinstallé que 71000 familles sur 162 000, et attribué seulement 3,5 millions d'hectares. Désireuses d'accélérer le mouvement, les autorités firent voter, en 1991, une loi d'acquisition des terres. Etaient particulièrement visées les terres « blanches» sous utilisées, dont les propriétaires étaient absents (parmi lesquels des membres de l'aristocratie britannique représentés au sein de la Chambre des lords), les propriétaires détenant plusieurs fermes ou les domaines jouxtant les terres communales. Mais, en dépit des engagements pris à Lancaster House, tant le gouvernement de Margaret Thatcher que celui de Ronald Reagan refusèrent d'alimenter le fonds de compensation, arguant que le régime, de manière non transparente, distribuait les terres à ses amis politiques et non aux agriculteurs noirs les plus qualifiés.

Si, au début des années 1990, le président Mugabe et son parti ont redonné la priorité à la redistribution des terres, c'était aussi pour faire face à la grogne grandissante de la population, suscitée par la politique d'ajustement structurel adoptée en 1991. Auparavant, le gouvernement avait développé une politique sociale remarquable, dotant les régions rurales de routes, d'accès à l'eau et à l'électricité, multipliant les écoles comme les cliniques, atteignant un taux d'alphabétisation de 91 %. A l'époque, ces succès et les bonnes relations avec la minorité blanche valurent à Mugabe les éloges de la « communauté internationale », qui passa pratiquement sous silence la répression particulièrement musclée d'une révolte dans le Matabeleland.

Mais, pour mettre en oeuvre sa politique progressiste, le gouvernement avait dû emprunter sur le marché des capitaux et, en 1989, la dette extérieure du pays s'élevait à 2,6 milliards de dollars. Désireux d'attirer de nouveaux investissements générateurs d'emplois pour les jeunes arrivés sur le marché, soumis à la pression des bailleurs exigeant le feu vert du Fonds monétaire international (FMI), le Zimbabwe du souscrire à la politique d'ajustement structurel. Les salaires furent dérégulés, les entreprises publiques privatisées et leur personnel licencié, le budget de l'Etat raboté, la gratuité des soins de santé et de l'accès à l'enseignement abolie. En 1999, le taux de fréquentation des écoles avait chuté de 20 %, le coût des soins de santé avait augmenté de 150 % (dans un pays où un adulte sur quatre est séropositif) tandis que l'ouverture des frontières avait accéléré le déclin du secteur manufacturier, désormais soumis à la rude concurrence des Sud Africains.

Ce fut la fin de la relative autosuffisance du Zimbabwe. Mais les investissements escomptés firent défaut et le taux de croissance, qui avait atteint 5 % dans les années 1980, chute à 1 %. Alors que 300 000 jeunes arrivaient chaque année sur le marché du travail, des dizaines de milliers de diplômés prirent le chemin de l'Afrique du Sud ou du Royaume-Uni où grossirent les rangs des mécontents, dont les revendications étaient exprimées par les syndicats, alors dirigés par M. Morgan Tsvangirai. En décembre 1997, le Zimbabwe connut ses premières émeutes de la faim, au moment où les vétérans de la lutte de libération, s'estimant lésés, s'étaient vu attribuer une allocation extrabudgétaire de 50 000 dollars zimbabwéens (environ 1000 euros) chacun, ce qui accentua la crise monétaire et révéla l'érosion de la popularité du régime.

Le gouvernement tenta alors, à nouveau, de s'attaquer à la question des terres. En novembre 1997, un premier groupe de 9 400 familles fut désigné pour expropriation. L'intervention militaire en République démocratique du Congo (RDC) représenta une autre fuite en avant. Harare était soucieux de préserver l'intégrité territoriale de la RDC et espérait également, à plus long terme, trouver dans ce pays un espace de coopération économique Sud Sud, un débouché pour ses industries et son savoir faire minier. Mais l'intervention militaire dura plus longtemps et coûta plus cher que prévu. Le détachement de quelque 11000 hommes fut financé par des coentreprises dans le secteur du diamant et du bois qui se révélèrent plus profitables à leurs promoteurs qu'à l'économie du pays. Alors que le Rwanda et l'Ouganda bénéficiaient d'une certaine tolérance, une conférence des principaux donateurs refusa au Zimbabwe, en septembre 1998, les crédits nécessaires à la réforme agraire : sur les 357 millions de dollars sollicités, il n'obtint que 1 million à peine. Depuis 1999, le Zimbabwe, naguère cité en exemple, n'est plus en mesure d'honorer ses obligations vis à vis de ses créanciers extérieurs. Privé de tout crédit extérieur, le pays fait face à une pénurie de devises, à une inflation qui dépasse les 100 % ; l'approvisionnement en carburant n'a été rétabli récemment que grâce à une assistance de la Libye (moyennant des participations dans des sociétés locales et des achats de terres).

 

L'échec du référendum constitutionnel de février 2000 et le succès du MCD aux élections législatives de juin 2000 (57 sièges contre 62 à la ZANU PF) confirment l'aspiration au changement. Une fois de plus, le régime réagit en mettant en place une « réforme agraire accélérée », qui prévoit la redistribution de la quasi totalité des fermes commerciales, soit 8,3 millions d'hectares sur un total de 11 millions. Cependant, les bénéficiaires ne sont pas des cultivateurs en manque de terres cultivables, mais des vétérans de la guerre de libération, ou supposés tels, qui apparaissent plutôt comme des commandos téléguidés par le parti ou des militants du régime. Plusieurs fermiers blancs sont victimes d'attaques violentes. En outre, faute de moyens, les nouveaux venus se contentent de pratiquer une agriculture de subsistance sur les riches terres des fermes commerciales, où les jachères se multiplient. Malgré ses modalités plus que douteuses et sa finalité essentiellement politique, la redistribution des terres demeure un atout du régime, tandis que le MCD, prisonnier du soutien que lui accordent les fermiers blancs, ne se prononce pas clairement sur la question. La campagne électorale de 2002 révélera les ambiguïtés du mouvement d'opposition, et le caractère hétéroclite sinon douteux de ses alliances: depuis Londres, la Fondation Westminster l'appuie financièrement, la droite sud­ africaine de Anthony Léon n'est pas en reste, aux côtés de la nébuleuse des organisations non gouvernementales du Zimbabwe. Nombre d'entre elles, récemment créées, sont en bonne part financées depuis l'Europe ou les Etats  Unis et s'emploient, à juste titre mais de manière assez unilatérale, à dénoncer les violations des droits de l'homme commises par le régime.

Risquant d'être entraînés dans la dérive économique d'un Zimbabwe où un début de famine touche 550 000 personnes, les pays de la région redoutent aussi la contagion de la réforme agraire : même si l'opération devrait pouvoir être renégociée, le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) a proposé ses bons offices, le principe de la redistribution paraît irréversible. Cette situation fait rêver en Namibie, où 4 000 fermiers blancs dominent toujours le secteur commercial, et surtout en Afrique du Sud, où deux tiers des meilleures terres sont toujours aux mains de 60 000 Blancs sans que rien ne change pour 14 millions de petits cultivateurs noirs.