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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 11:39
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi


Cet article devait initialement paraître début juillet dans les colonnes de l'impayable mais très achetable Jeune Afrique.
Il s'agissait, au départ, d'une interviewe orale, conduite dans des conditions improvisées et bruyantes, et que Stanislas Adotevi a légitimement voulu retravailler par écrit.
Seulement voilà, cela ne se fait pas à JA, caractérisé, il est vrai, par la grande spontanéité de ses entretiens et son impeccable déontologie.
De plus, les modifications apportées par Stanislas Adotevi rallongeaient l'article de 3000 signes. Un format exorbitant, selon la rédaction, accordés à un livre et à un intellectuel apparemment jugés par eux secondaires...
Jeune Afrique était déjà un journal impayable. Demeure-t-il achetable ?

 

NÈGRES ET NÉGRITUDE

Stanislas Spero ADOTEVI a eu autant de vies qu’il a traversé d’époques. Ce philosophe béninois né en 1934, ancien élève de d’Althusser, passé par l’anthropologie, a occupé des postes politiques et administratifs au Bénin et ailleurs, et enfin pour l’UNICEF. Il a eu une importante activité éditoriale (Amadou Hampaté Bâ, Maryse Condé ; Mongo Betti…) tout en écrivant. Son essai le plus connu Négritudes et négrologues ressort en coédition chez Delga – Materia scritta. D’un style vigoureux et polémique, il a été écrit suite au Festival Panafricain d’Alger de 1969, puis publié en France en 1970. Avec les années, ce texte a gardé sa force pendant que son lectorat acquérait du recul sur les idées exposées.

Stanislas S. ADOTEVI vit aujourd’hui au Burkina Faso, toujours attentif à son temps.

Ap - Qu’est-ce que la négritude ? Et vous-mêmes, vous sentez-vous « nègre » ?

S. SA - Je n’ai pas de définition à donner, il vaut mieux poser la question à ceux qui en font une parure. En ce qui me concerne, je me considère comme un nègre absolu non pas produit d’un délit identitaire mais comme un africain du 21ème siècle qui cherche à faire face aux défis que rencontre le continent mais aussi confiant dans les chances énormes que l’Afrique a d’attendre quelque chose. Je laisse donc le soin d’une négritude qui ne soit que littéraire à ceux qui en ont besoin.

AP - Et vous, vous en avez besoin ?

SA - Je n’ai pas besoin de cette forme de négritude. En revanche, le concept de négritude a un sens s’il s’agit de l’utiliser comme un instrument de combat dans un monde mortifère, ce monde du 21ème siècle en plein chavirement. J’ai eu à critiquer en son temps la négritude en général parce qu’elle était noyée dans un parfum d’inachèvement et plus particulièrement celle de Senghor, non pas le poète, mais le politicien qui l’avait utilisée à des buts que je disais inavouables. Comme l’a si merveilleusement bien mis en évidence l’un des grands noms de la philosophie française, Jean-Paul Sartre, pour les écrivains de la négritude en général, c’était en ces temps-là, questionner le discours raciste du blanc, dénoncer la traite negrière, la colonisation, le mépris des autres, annoncer la révolte (lire Orphée Noire). Bref, il s’agissait de récupérer le mot nègre, insulte suprême dans la bouche du blanc raciste pour, comme dans les temps anciens lorsque la guerre est aux portes, battre le tam-tam afin de provoquer l’état de veille et préparer le peuple au combat.

AP - Eux ?

SA – Eux ? Senghor, Césaire, Damas… c’était la génération de nos ainés. Ils se battaient pour se libérer et libérer les noirs de l’esclavage colonial. On peut dire avec certitude que le concept « négritude » est le fruit assurément des réflexions de Césaire et Senghor. Tous deux noirs dans une classe préparatoire en France (KHAGNE) au milieu d’un océan de jeunes adolescents blancs. Si tous les deux donnaient au mot la même définition, chacun d’eux le vivait de manière différente compte tenu du milieu d’où il venait et de la forme que revêtait la domination blanche ; pour Césaire la Martinique et Senghor l’Afrique noire. Césaire vivait certainement plus douloureusement le caractère intrinsèquement absurde du système raciste installé dans les Caraïbes. Pour ma génération, n’oubliez pas qu’elle est celle qui a connu la guerre du Vietnam et d’Algérie, deux pays qui ont tous deux obtenu leur indépendance par la lutte. Ce qui, pour nous alors étudiants de ce temps, représentait l’idéal que les africains devraient atteindre. Dans la fureur de notre jeunesse, tout mouvement qui contribuerait à l’indépendance et conduirait à la dignité d’homme libre en valait la peine. Par conséquent, nous ne pouvions pas ne pas nous intéresser à la négritude, nous jeunes africains qui étions alors dans les Lycées ou les universités au moment où nous découvrions le concept.

AP -Mais pourquoi nègre plutôt que noir ?

SA - Parce que le mot nègre est connoté ; il a un sens, une histoire, c’est l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, de l’exploitation, etc. Parce que le mot nègre était utilisé comme une insulte du blanc raciste. Il s’agit donc de transformer ce qui était une insulte en revendication pour en faire un mot fort, un mot qui frappe comme un coup de poing. Il fallait transformer l’injure en mot de liberté. Le moment même de la renaissance.

AP - Ces « révolutionnaires », en quoi l’étaient-ils ?

SA - Au point de vue littéraire, ce mouvement a réussi à installer une littérature, conduit à la conscience nécessaire d’une recherche sur l’Afrique par les africains eux-mêmes, poussé à une explosion culturelle (danse, peinture, etc). Comme je l’ai dit dans le livre, la négritude dans les années 30 doit être considérée comme le temps primitif de la renaissance africaine tant sur le plan culturel que politique. Au point de vue politique, elle a servi de ferment aux luttes qui ont conduit aux indépendances grâce aux résistances des cadres africains du temps colonial et aux luttes des peuples contre la colonisation. Il ne s’agissait donc pas de parler de négritude en termes de race, le progrès pour le nègre, ce n’est pas d’être nègre, c’est d’être indépendant. La phrase senghorienne : « l’émotion est nègre comme la raison est hellène » n’a de sens que si on veut maintenir le nègre dans une vision de ‘’ vérité ‘’ essentialiste qu’on ne peut pas démontrer et que Levy – Brühl, le père de cette fantasmagorie nommée « pensée prélogique », pensée primitive a lui-même dénoncé comme peu scientifique. Dans le cas de l’Afrique, elle est à l’évidence dirimante dans la marche vers l’indépendance.

AP – Et quels sont ces négrologues dont vous parlez dans le titre ?

SA – Au moment où j’écrivais le livre en 70, le mot négroloque désignait les politiciens qui ne voulaient pas aller plus loin que le bricolage gaullien, cette communauté franco-africaine qui avait nommé les gestionnaires de l’indépendance accordée en 1962 pour protéger les intérêts français. Ce qui s’appellera plus tard et plus particulièrement aujourd’hui, de manière apodictique, la France-Afrique. Et dont nous devons nécessairement nous débarrasser aussi bien les africains que les français conscients de la réalité mortifère du système. Ce qui ne se pourra que si nous prenons conscience des tragédies qui traversent l’Afrique : pauvreté, déficit de démocratie, incapacité de nous défendre sans aide extérieure, absence de vision de développement endogène, absence de volonté politique pour une vraie rupture à l’égard des politiques de développement élaborées par les institutions de Bretton Woods et autres institutions de développement. Un système de santé défaillant, un faible taux de scolarisation notamment des jeunes filles. Une jeunesse (75% à 80% sur le continent) désœuvrée et inquiète, consciente que les leviers du développement se trouvent à ailleurs ; ce qui pousse certains à partir pour des rêves poussiéreux qu’ils n’ont pas la force de bâtir ici et ainsi finir dans le ventre des poissons méditerranéens. Par ailleurs, avoir en même temps conscience que les campagnes commencent à s’organiser d’elles-mêmes ; comprendre aussi que la jeunesse devant le vide du futur, partout s’organise sur le continent pour l’avènement d’une palingénésie. Toute chose devant forcer les dirigeants d’aujourd’hui à admettre qu’il n’y a pas d’autre issu que de savoir où ils doivent aller pour porter leurs peuples assurés sur leurs jambes. Pour eux, il est temps de savoir ce qu’il faut savoir, de vouloir ce que veulent leurs peuples. En un mot savoir où l’on va car selon le mot de Seneque « il n’est point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va »

AP – Qu’est devenue la négritude en 2017?

SA – Beaucoup de choses comme je viens de le dire. L’Afrique, pour la stigmatiser, on en parle comme s’il s’agissait d’un seul pays. Oubliant par là qu’on a affaire à un continent et qu’il n’est pas le seul de cette planète sur laquelle s’abattent les Érinyes mais que c’est le monde entier qui s’effondre. Pour répondre à votre question, l’Afrique non seulement n’est pas en stase, elle bouge avec la prise de conscience de ses populations, le rôle déterminant de ses intellectuels qui questionnent. En 2017, la négritude est un mouvement en acte qui profère, met les peuples en mouvement et forcent les dirigeants à voir, même les yeux fermés, la réalité. Un discours sur la négritude qui libère le nègre de ses frayeurs et lui annonce un futur, sans s’enfermer sur soi, est toujours nécessaire aujourd’hui.

AP - Selon vous, l’actualité de la négritude est davantage littéraire ou politique ?

SA - Les deux ! Sur le plan politique, il y a au moins trois noms que nous connaissons, Patrice Lumumba, Amical Cabral et Thomas Sankara, etc. Sur le plan littéraire, je la vois comme un discours qui donne aux jeunes un moyen de croire ; au continent, la force d’aller encore plus loin. Tous nos chercheurs et écrivains aussi francophones qu’anglophones qui ne sont plus aujourd’hui isolés, par leurs écrits donnent à l’Afrique des raisons d’espérer. Il s’agit bien évidemment des plus anciens comme Olé Soyinka, Cheick Amidou Kane (dont une citation ouvre mon livre), Ki Zerbo, Théoplhile Obenga, Henri Lopes, Martien Towa, Gassama, Aimée Gniali, etc. D’autres aussi puissants comme Paulin Hountondji qui a mis en cause sans concession les faux concepts drainés par les adeptes de ce qu’on appelait autrefois la philosophie africaine ; Bachir N’Diaye qui dissèque pour nous la pensée islamique, Bidima le métaphysicien, Florent Couao-Zotti et Gabriel Okoundji les béninois. D’autres encore comme Mabanckou, Mamadou M. N’Dongo, Théo Ananissoh, Nii Ayikwei Parkes le ghanéen, Mia Couto le blanc mozambicain, Sony Labou Tansi, sans oublier les écoles d’anthropologies sénégalaises où fleurir Raphael Ndiaye, et toutes les écoles de linguistique, de sociologie qui s’étalent sur le continent. Enfin Kako NUBUKPO qui et entrain de faire sauter la baraque… On peut allonger à l’infini la liste. En un mot, une littérature indicatrice du génie africain. Une littérature présente doublée d’une inventivité langagière et d’une belle moisson en art contemporain, artiste, musiciens, etc..

 

On peut le voir, la négritude des indépendances est celle qui cherche son chemin dans la gésine de l’avenir.

Encadré :

De la provocation à la polémique

En mai 1935, dans L’Étudiant Noir (journal de l’Association des étudiants martiniquais), Aimé Césaire proclame la négritude comme identité commune propre aux peuples noirs d’Afrique et d’ailleurs. La négritude dit la fierté d’être autres, d’être soi. Ce mouvement littéraire francophone se politise dès les prémices de la décolonisation. À la fois célébré, récupéré et édulcoré, il inspire l’anglophone Black Nationalism, l’Amérique de Martin Luther King et Malcolm X.

Ses détracteurs l’accusent de réduire les noirs au statut de bon nègre mythologique.

 

RETROUVEZ CI-DESSOUS UN EXTRAIT DE NEGRITUDE ET NEGROLGUES CONSACRE A SENGHOR

 

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