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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 14:12
Gabon / Non pas choisir entre un pantin et une marionnette de la françafrique, mais crier avec le peuple gabonais ! / par Ezzat

Paru initialement le 5/9/16 sur la page Facebook du camarade EZZAT (qui ne fait donc pas que dessiner) sous le titre : Anecdo-TIC

En échos au papier publié par mon frère Seme Ndzana, relatif à la crise gabonaise et dans lequel il s'offusque et crie à la honte de ceux d'entre nous, Camerounais, qui supportent les "monarchies familiales qui appauvrissent l'Afrique, et se basant toujours sur des exemples extérieurs pour soutenir le coup d'État électoral opéré au Gabon par Ali Bongo contre le peuple", il y a lieu de surenchérir et de convenir que le bon sens est, finalement, la chose la... moins partagée.

À travers commentaires et autres invectives lues ça et là, on se rend vite compte que beaucoup préfèrent volontiers s'accrocher à des épiphénomènes pour justifier et soutenir des états gravissimes et criardement injustes. On s'agrippe aux virgules de l'histoire, à ce qu'elle a d'anecdotique, de circonstanciel. On veut donner des coups à tel autre juste pour le châtier de ce que, à un moment donné de sa vie, il aura émis tel ou tel avis, qui le desservent aujourd'hui, déterrant et lui renvoyant au visage des antiennes puériles et superficielles, telles que le fameux "Achouka ngongolik", "bien fait pour toi !", "Tu as déjà vu quoi ?" et autres billevesées.

Évidemment, on préfère ne pas voir que si jamais Jean Ping s'effondrait, il emporterait avec lui la détresse et le désespoir de plusieurs milliers de personnes. Non, trop compliqué. Et puis d'ailleurs, on s'en fout. On jubile et on trouve intellectuellement génial de mettre en parallèle deux attitudes apparemment contradictoires d'un même individu. On préfère régler des comptes et les savourer, nourri par une sorte de rancœur sourde et à peine voilée. Tu as refusé à Gbagbo le recomptage des voix ? Alors à ton tour de vivre le même calvaire, entend-on bêler ça et là. On ne recomptera pas les voix, na-na-na-na-nèèè-re ! C'est tout. Ça ne vole pas plus haut, c'est aussi simple et enfantin que cela et, bien sûr, c'est beaucoup plus facile...

Tout se passe comme si, pour certains, c'est bien la prise de position de Jean Ping contre le recomptage des voix qui fut à l'origine de la déconfiture et de l'arrestation de Laurent Gbagbo. Pourtant, nous savons tous ce que vaut l'UA, ce syndicat de chefs d'États africains, et il n'est pas besoin de démontrer l'influence nulle qu'elle a toujours eue dans le quotidien des Africains ; que ce soit politiquement, économiquement, socialement, ou dans tout ce qu'on veut. Que J. Ping, en tant que président de cette UA, eût alors objecté contre le recomptage des voix n'a donc concrètement changé aucune donne en Côte d'Ivoire. De même, tous nous savons que, à fortiori, jamais la voix seule de J. Ping, en tant qu'individu, n'aurait pu changer quoi que ce soit dans ce même conflit. Or, en 2011, quand Jean Ping réfutait l'idée du recomptage des voix, il parlait soit au nom l'UA, soit en son nom propre. C'est selon... Mais quel qu'en soit le cas, Jean Ping n'engageait aucunement, par sa déclaration, l'avenir du peuple ivoirien. Ce fut un acte de portée nulle, sans aucune conséquence. Et pour cause : il n'était qu'un pantin entre les mains de l'UE, des États-Unis et de l'ONU. Justement, rappelons précieusement ici que, s'il n'y a pas eu recomptage des voix en Côte d'Ivoire, ce fut grâce aux agissements d'un certain Young-Ji Choi, clown aux ordres de Ban Ki-Moon, lui-même fantoche d'un certain Sarkozy. À la limite, Jean Ping pourrait même, aujourd'hui, pince-sans-rire, se défausser sous de tels alibis et se présenter en homme nouveau aux yeux des Africains !!! S'il y a donc quelque chose d'anecdotique à retenir de cette entrefaite de la crise ivoirienne, c'est bien le refus par Jean Ping du recomptage des voix. Lui en tenir rigueur aujourd'hui dans la crise que traverse le Gabon, le vouer aux gémonies pour si modique, au point de lui souhaiter la déconfiture, c'est bafouer sans vergogne le symbole qu'il est pour la majorité des Gabonais et leurs aspirations : celui de la fin d'une dictature dynastique.

Car si le Jean Ping pantin n'a influencé en rien le destin des Ivoiriens par sa prise de position anti-Gbagbo, il ne saurait en être de même pour le Jean Ping vainqueur de cette élection présidentielle, si d'aventure on l'en faisait définitivement perdant. Ici, les conséquences sont autrement plus graves car, faut-il le répéter, Jean Ping est aujourd'hui le leader d'une opposition coalisée qui représente plusieurs milliers de Gabonais ; et tout ce monde est en train de se faire flouer sa victoire démocratiquement acquise par une dictature bientôt séculaire. Pousser ce Jean Ping vers la chute, c'est entraîner avec lui tous ses partisans.

Là est la différence entre ces deux Jean Ping. Amalgamer les deux, c'est anecdotiser le lourd et très complexe déroulement de l'histoire. C'est se ranger du côté des oppresseurs. C'est mettre sur la balance les paroles circonstancielles d'un individu, alors insignifiant, et les faire peser plus lourd que l'espoir du tout meilleur que ce même individu représente, aujourd'hui, aux yeux de milliers de ses compatriotes qui l'ont élu. Enfin, en plus et en bien plus grave, c'est prendre le peuple gabonais pour du menu fretin. C'est souhaiter et estimer, en foulant au pied son choix souverain, qu'il ne mérite pas plus que le joug d'une dictature pour encore 30 ou 40 ans... Disons, jusqu'à la mort d'Ali au pouvoir. Et ce, au meilleur des cas, dynastie oblige.

Comment, enfin, peut-on ne pas le voir ? Comment peut-on ne pas voir que dans ce conflit, ce n'est pas "Jean-Ping-l'anti-Gbagbo-qui-a-refusé-le-recomptage-des-voix" qui doit vaincre "Ali-Bongo-le-dictateur-qui-refuse-le-recomptage-des-voix", mais la voix du peuple gabonais ? Qu'il ne s'agit pas de choisir entre un pantin et une marionnette de la françafrique, mais de crier avec le peuple gabonais ? C'est lui, ce peuple, qui doit faire chuter la dynastie dictatoriale des Bongo. Lui et lui seul. Il y va, pour ne citer que cela, de sa souveraineté. Après, il aura toujours le loisir de voir ce que Ping, ou Pong, ou n'importe quel autre Gabonais, a d'autre de moins mauvais à proposer à son peuple. Et d'aviser.

Mais ça, c'est après.

TEXTE : EZZAT

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Published by Gri-Gri International Ezzat - dans Gabon 2011 Francophonie Politique Devoir d'histoire
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