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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 10:15
Ali Bongo n'est pas plus gabonais que moi !, par Grégory Protche (#Texte #Péan #Marianne)

De l'impossiblité pour un journaliste français d'accepter que le droit du sang s'imposât au Gabon

Ou

Ce qu'on apprend dans Marianne des révélations de Pierre Péan sur Ali Bongo

Préalable : se demander quels liens ambigus et ambivalents entretiennent cette fournée chez Marianne, et, quelques heures plus tôt, ce que nous appelions un "Tir dans le tas", chez Mediapart - qui prenait soin de diviser son assaut en additionnant Ali Bongo, et, un peu plus cruellement, son néo-opposant et possible parent, Jean Ping - qu'on appelait "le Chinois" lorsqu'il était ministre du Mollah Omar Bongo, le faux père d'Ali.

Traduction : Mediapart n'était-il pas "chargé" de relativiser et amoindrir l'impact de la livraison de Marianne ? La question n'est pas belle, mais, foi de satiriste, elle se pose. Et pas pour la première fois : n'était-ce pas dans Mediapart, la dernière fois, qu'un communicant d'Ali prénommé Billy put répondre à la précédente salve péanienne ?

Dans Marianne, n°1004, en date du 1er juillet 2016, c'est le journaliste Alain Léauthier (plutôt équilibré, c'est à noter, dans son traitement de l'exemplaire et emblématique crise ivoirienne) qui introduit l'ultime enquête de Péan. Son boulot n'est pas simple. Marianne, comme bien d'autres, est très embarrassée par le thème, sur lequel, tel un clou, Péan tape depuis longtemps : Ali Bongo ne serait pas réellement le fils de son père, feu le Mollah Omar Bongo. Léauthier rappelle, justement, que depuis Affaires africaines (1983), Péan n'a jamais cessé de le répéter, sur tous les tons et des caisses de documents à l'appui. Nous y reviendrons.

Car on touche ici un point névralgique, sur lequel Français et Africains francophones peinent à s'entendre, ne serait-ce que sur les termes du débat.

Pourquoi tant de gêne ?

Charles Onana, proche de Péan, pour ses révélations sur le "voltaïsme" d'Alassane Ouattara, n'a pas eu beaucoup d'écho dans les voltairiens médias français. Il y avait pourtant matière. Gbagbo, dont les partisans furent taxés de xénophobie, d'islamophobie, de communautarisme et de racisme, ayant du, pour complaire à la communauté internationale, tordre la constitution ivoirienne jusqu'à l'illégalité pour rendre possible la candidature de son adversaire, un Ouattara incapable de prouver la naissance ivoirienne de ses deux parents, préalable légal indépassable... depuis une constitution approuvée à plus de 90% par les Ivoiriens (y compris le parti de Ouattara) en 1999.

Pour un Français - et, à part Péan, ils sont peu à oser aller aussi loin sur la gabonité du Mollah'Son -, qu'Ali soit ou non le fils d'Omar et, accessoirement, donc un "vrai" Gabonais, compte, finalement, assez peu.

Etrange mélange :

1) de sentimentalisme indulgent... si Charles "Bongo" Ingalls a élevé Alain-Ali, c'est qu'il l'aimait comme son fils (moins discutable que la gestation par autrui, la paternité par amour) ;

2) de bananianisme... en Afrique, c'est connu, la famille est large et imprécise comme une date de naissance ou un tracé de frontières (comme si les principes et les lois n'étaient pas, eux, justement, intangibles en Afrique aussi) ;

3) de droit du sol français contre droit du sang gabonais... or, en France, le droit du sang est une revendication front nationaliste, donc xalam, laide, indigne, déshonorante et une kyrielle d'adjectifs tous très très infâmants (alors que nombre de partenaires, pas officiellement fâcheux, de la France pratiquent ce même droit du sang sans offusquer quiconque) ;

4) d'inconséquence... célébrons en Afrique les institutions contre les hommes dans le discours moyen (Obama au Ghana en 2009), mais hâtons-nous de les oublier lorsque nous ne parvenons pas à leur faire dire ce qui nous arrangerait (Gbagbo, bien que Conseil constitutionnalisé de frais le 4 décembre 2010, ne saurait être le président qu'auraient librement élu les Ivoiriens) ;

5) d'un pragmatisme circonstanciel, selon lequel on fera du business avec celui qui a le pouvoir et non avec celui qui moralement "devrait" l'avoir (là encore, fut-ce, ici, paradoxalement, Gbagbo fait jurisprudence : si on l'a pour finir si violemment attaqué début avril 2011, après trois mois d'embargo et pressions diverses, n'était-ce pas parce que les Chinois étaient à deux doigts d'envoyer paître la communauté internationale franco-onusienne et ses mises à l'index, pour à nouveau commercer avec lui, parce que, soutenu par l'armée, la police et l'administration, il exerçait le pouvoir ?) ;

6) d'une certaine légèreté dans l'appréhension d'un pays, de ses lois, des rapports entretenus par ses concitoyens avec ces mêmes lois (quels ringards ces Gabonais, capables de risquer de se priver d'un phare, d'une étoile polaire, d'un génie de songe comme Ali Bongo pour de vilaines raisons qu'on se hâtera de trouver d'abord chauvines et ensuite, très anecdotiquement, constitutionnelles !).

On voudrait que nos pays d'Afrique francophone aient une fête nationale sans jamais respecter chez eux le fait national.

Et les implications qu'ils lui donnent.

Bref, pour un observateur français des questions africaines, l'argument de la naissance, de la nationalité réelle d'Ali Bongo et donc de la constitutionnalité de sa candidature ne peut être utilisé. Ca brûle. Ca pique les yeux. Ca invalide et discrédite celui qui en use. En France mais aussi, et c'est plus grave, au Gabon.

Au point de finir par justifier et légitimer le pouvoir d'Ali : mieux vaut un "faux" Gabonais en phase avec les critères et normes made in France qu'un "vrai", avec papa et maman du Gabon, mais qui tiendrait sur la question des origines et des archives un discours aux accents clodoaldiens.

Ce qui, à certains égards, en termes de posture, n'est pas éloigné sinon de l'ingérence (quel pays africain a jamais protesté contre le droit du sol français ou la bi-nationalité, interdite pourtant dans nombre d'entre eux ?), au moins de l'ethnocentrisme - d'autant plus inacceptable, on l'a dit, qu'il est à géométrie variable et ne s'applique, comme la justice internationale, qu'aux présidents africains.

Pour un Gabonais, né au Gabon de parents gabonais, ce qui, a priori, constitue sinon la norme au moins la majorité des cas, la question de la naissance et de la filiation du président, manifestement, ça fait sens. Pas parce qu'ils sont gabonais, xénophobes, racistes, bantous et africains (donc animistes, superstitieux sur les bords et autres considérations touristiques), mais parce que LA LOI GABONAISE LE DIT. Et que tant que celle-ci ne sera pas changée, il en ira ainsi. A charge - si le besoin social et politique s'en faisait ressentir au Gabon - pour la société gabonaise, civile mais pas seulement, ses médias et contre-pouvoirs, ses élites et son peuple, de susciter démocratiquement un débat à l'issue duquel le droit du sol serait adopté.

Pour l'heure, le droit du sang prévaut à Libreville.

On sait, grâce au film d'Eric Benquet La Françafrique (discutable par ailleurs dans son propos) qu'Ali Bongo n'a pas été élu en 2009. Trois officiels français de hauts rang y affirmaient que le résultat de l'élection avait été inversé pour permettre à Ali le looser de trôner. Plus près de nous, tancé par le scolaire et lourdingue humoriste Jérémy Ferrari, dans une émission de Laurent Ruquier sur France Télévision, le Premier ministre français, le Sarkozy à la catalane Manuel Valls lui-même a piteusement admis qu'Ali n'avait pas vraiment été élu...

Ca, l'arnaque électorale, la presse française la condamne volontiers. De même pourfend-elle, et chaque année plus satiriquement, les Biens mal acquis, le népotisme et le dynastisme des affreux présidents afro. Car ce qui est choquant pour elle, mais pas si grave, c'est que les Bongo (ou les Eyadéma) se refilent le pouvoir de père en fils ; pas que le faux fils récupère illégalement un illégitime pouvoir d'un père d'adoption. Pas que Alain-Ali ne soit ne soit pas l'enfant d'Albert-Omar, ni donc celui du pays. Le père donne un pays et la mère une langue (maternelle, lol).

Là, d'après Péan, il n'y a aucun des deux. Vu de Libreville, Ali Bongo n'est pas plus gabonais que moi !

En se privant de traiter cette question, avec les pincettes et égards respectueux qui conviennent, les confrères taiseux sur les travaux de Péan pratiquent la légalisation de l'inceste : Ali n'aurait jamais dû devenir président, à la fois parce qu'il n'avait pas le droit de concourir et parce qu'en sus il a triché, mais il l'est et nous ne voulons pas risquer d'emprunter à la rhétorique identitaire pour dénoncer l'illégalité de sa candidature et par conséquent de son mandat.

Autant on peut comprendre l'embarras du Premier ministre français au moment de répéter intelligiblement et officiellement qu'un des principaux partenaires commerciaux et stratégiques de son pays n'aurait pas été élu démocratiquement et ne serait donc pas un légitime interlocuteur, car il y aurait forcément des conséquences politiques, économiques, commerciales, voire militaires, à une telle déclaration.

Autant il sera permis de s'interroger sur le silence d'un Antoine Glaser sur ces points, régulier client de C dans l'air et auteur d'un Arrogant comme un Français en Afrique qui eût du, pour échapper à son propre postulat, poser sans angoisse les termes réels de ce vrai débat. Plutôt que de sournoisement chipoter autour d'une Chinafrique aussi vraie et aussi fausse que sa cousine française.

Et l'Hugeux. Le prof de journalisme condamné pour n'avoir point assez enquêté, toujours le premier à paradoxer doctement, à pondérer subtilement, jeux de mots et effets sans style à l'appui, n'était-on pas fondé à attendre de lui, dans les colonnes de l'Express ou dans une publication du CNRS, un vrai état des lieux, honnête, pragmatique et sans arrière-pensée, sur la légalité et la légitimité d'Ali Bongo au regard de la constitution gabonaise ?

Quand ce n'est pas le silence des yeux baissés, c'est le refus indigné et entendu, la condamnation morale de l'expert : "Très mauvais angle d'attaque qu'ont choisi là les souverainistes et autres opposants à Ali Bongo, mauvais combat." Ah bon.

Voire la calomnie, la diffamation. Combien sont-ils à m'avoir affirmé tranquillement que Péan était "payé"... à son âge, assis sur des droits d'auteurs de chanteur à succès, Péan ferait de la retape pour quelques centaines de milliers d'euros ? Bof.

Examinons maintenant en détail les apports de Péan, les informations et révélations contenues dans sa nouvelle enquête. Non sans relever un point dans l'intro de Léauthier qui mérite éclaircissement. Ainsi, p.42, est-il écrit : "à plusieurs reprises elle (la France) n'a pas hésité à intervenir dans les affaires intérieures du pays pour protéger ses intérêts économiques et stratégiques." A quelles interventions françaises dans les affaires intérieures gabonaises Alain Léauthier fait-il référence ici ?

Et plongeons au coeur des scoops et révélations de Pierre Péan relativement à la naissance d'Ali Bongo.

"En 2009, pour contourner l'article 10 de la Constitution, Ali Bongo s'est présenté à la présidentielle gabonaise en arborant un faux certificat de naissance, comme il l'a reconnu le 11 janvier 2015 sur RFI."

"Car Ali Bongo n'est pas le fils biologique du couple Bongo. Le quel, n'ayant pas fait les démarches pour l'adopter après son arrivée du Biafra, en septembre 1968, a préféré lui faabriquer un faux état-civil. La nationalité d'Ali Bongo est donc incertaine. Ce n'est qu'un sans-papiers vivant au Gabon, un SPF ("sans-papiers fixe"), selon l'expression assassine de Chantal Myboto, une des nombreuses ex-compagnes d'Omar Bongo."

"Contrairement à la légende devenue vérité d'Etat, l'actuel président gabonais n'est pas né le 9 février 1959 à Brazzaville."

"(Patience Dabany) la propre épousee du président gaboonais n'a pas d'enfant (...). La progéniture de Bongo n'est pas de Joséphine, née Nkama. Ses enfants viennent d'autres lits - notamment ceux des soeurs de sa femme - ou ont été adoptés par le couple présidentiel lors de la guerre du Biafra."

"Léon-Paul Ngoulakia (fils de la soeur aînée de Patience Dabany, et donc cousin d'Ali, ndlr) m'a raconté être arrivé en 1967 dans la famille Bongo et n'avoir vu Ali Bongo qu'en 1968..."

"Quelque temps avant sa mort, le pasteur Ernest Tomo, fils du ministre de l'Intérieur chargé à l'époque de s'occuper de l'arrivée des enfants réfugiés du Biafra, m'avait confié qu'Ali (qui s'appelait alors Alain) était arrivé à Libreville en même temps que son frère biafrais Jean. Mais, contrairement à la famille Bongo, Ernest Tomo effectuera dans les règles les démarches officielles d'adoption afin de donner son patronyme au garçon."

"Ils ont ainsi fait "naître" Ali (Alain) en 1959 (officiellement par césarienne) alors que Joséphine n'avait que quatorze ans, puis Annick cent quinze jours plus tard."

"En se fiant à ces seuls actes, Joséphine aurait ainsi trois enfants entre 14 et 1- ans et demi."

"Le jour des noces, l'ancienne épouse d'Omar Bongo a en effet déclaré à l'officier d'état-civil ne pas être en mesure de signer. Et, effectivement, elle authentifiera l'acte de mariage avec son pouce ou son index. Or, à en croire sa fiche wikipédia, Patience Dabany "a fait ses études primaires à l'école catholique de Brazzaville où elle est devenue par la suite institutrice...""

"Dans la perspective de l'élection de 2016, l'entourage d'Ali Bongo a tenté de calmer les esprits en faisant publier, le 2 décembre 2014, dans Le Monde, la photocopie d'une déclaration de naissance d'Ali figurant dans un registre d'état-civil de l'année 1959 de la mairie de Brazzaville. Un faux à nouveau(...) A la suite d'une procédure engagée à Nantes par Onaïda Maisha Bongo, la fille de Bongo et de Chantal Myboto - oubliée dans l'acte de succession du "vieux" - le service central d'état-civil de Nantes exhibe en novembre 2015 une copie du registre d'état-civil de Brazzaville, quasiment identique à celui publié par Le Monde. Or la copie d'un faux, même émise par un organisme officiel, reste toujours un faux."

Texte : Grégory Protche (Feat. Pierre Péan)

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