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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 09:23
#CharlieNétaitPlusTrèsCharlie / Denis Robert relève les compteurs (#Val #Cavanna #Choron)

SOURCE

The Dissident : pourquoi avoir fait ce livre ?

Denis Robert : c’était important de raconter la véritable histoire de Charlie Hebdo et Hara-Kiri, tronquée par ceux qui en parlaient dans les médias. C’était presque un devoir d’en démontrer la falsification.

Selon vous, les auteurs de cette falsification sont l’ancien directeur de publication Philippe Val et l’avocat du journal Richard Malka…

C’est un roman shakespearien avec de vrais personnages : Cavanna, Choron, Malka, Val, qui raconte la France de ces trente dernières années. Charlie Hebdo a été porté par ses fondateurs Cavanna et Choron. En 1992, quand Philippe Val a pris le pouvoir, il en a fait tout autre chose. Il a exploité la brouille entre Choron et Cavanna et la relative faiblesse de Cavanna. La première partie est plus historique. Je raconte comment l’équipe de Hara-Kiri s’est battue contre la censure. C’est une enquête avec des allers et retours entre le présent et le passé.

Dans cette histoire complexe, vous évoquez dans le détail des manipulations juridiques. Quelles sont-elles ?

Après trois ans de bataille, entre 1992 et 1995, Philippe Val a concédé à Cavanna 0,44% sur les ventes du journal. C’est une somme ridicule et hallucinante eu égard à sa qualité. Il s’est retrouvé pigiste à 2000 euros par mois ! Charlie Hebdo a longtemps été une machine à faire du cash. Cavanna en était victime. C’est une mécanique fine. Sans la complicité de l’avocat Richard Malka, Philippe Val n’y serait pas parvenu. Il s’est ensuite servi de Charlie Hebdo comme d’un marchepied pour arriver à la tête de France Inter. J’ai cherché à avoir la position des personnes que je mets en cause. Les seules réponses que j’ai eues - d’ailleurs c’est pareil dans toutes les enquêtes avec des gens pas très nets - sont des courriers d’avocats et des menaces.

Pour être clair, vous précisez dans le livre que vous avez été confronté dans le passé avec Richard Malka qui défendait Clearstream…

Quand je fais une enquête, je mets de côté mon animosité ou ce que je pense. J’essaie d’être le plus précis et factuel possible. Chaque mot est pesé, vérifié, relu par l’éditeur. Dans un premier temps, tout le monde m’a déconseillé de faire ce livre. Même mon éditeur : « Ça va passer pour un règlement de comptes. C’est trop compliqué. Tu as autre chose à écrire… » J’ai été tellement scandalisé, au lendemain des attentats du 7 janvier, par la façon dont on a raconté l’histoire de Charlie Hebdo que j’y suis allé. J’ai commencé à trouver des documents notariés et je me suis dit : « C’est trop incroyable ! »

Quel est concrètement ce grand détournement que vous dénoncez ?

Richard Malka était à la fois l’avocat de Charlie Hebdo, de Philippe Val et de Cavanna dont les intérêts étaient antagonistes. Cavanna a été trahi par Richard Malka. Pour preuve, les courriers que je publie dans le livre. Choron ne voulait pas entendre parler de Charlie Hebdo avec l’équipe de Val. Il a déposé le titre à l’insu de Cavanna et des autres. Il était légitime en tant que directeur de publication. Choron étant interdit de gestion, il a cédé le titre à une société. Cette société a fait un procès à Val et aux éditions Rotative sur la paternité du titre. L’idée de Charlie vient de Choron. L’idée de Charlie Hebdo vient des deux. Les juges ont décidé, après deux procès, de confier le titre à Cavanna, sur la base des faux témoignages de Willem, Siné, Delfeil de Ton, Wolinski et Cabu. Lors du second procès, pour la paternité d’Hara-Kiri, Richard Malka s’est mal comporté. Pour Cavanna, Hara-Kiri c’était le plus important. C’était vraiment son bébé. Après avoir gagné le procès Richard Malka a écrit à Cavanna: « Je suis très heureux de te remettre Hara-Kiri.» Sauf que peu après il lui envoie un contrat avec cet argument : « Comme les éditions Rotative ont pris en charge ta défense il est logique que tu leur cèdes Hara-Kiri. » Cavanna a signé sans réaliser qu’il se dépossédait du titre !

Des années plus tard, Riss et Charb ont récupéré les éditions Rotative. Ils n’ont pas voulu lâcher Hara-Kiri. Et là Cavanna est tombé de sa chaise ! Dans le livre je raconte la médiation, avec d’un côté de la table Riss et Charb disant : « C’est à nous ! » et Cavanna répondant : « Bande de petits cons ! Vous ne pouvez pas dire ça ! » Ils ont fait un accord. Cavanna a récupéré Hara-Kiri et leur a laissé Charlie Hebdo sur un contrat à très long terme, avec le codicille. C’est à dire que les propriétaires du titre doivent respecter la charte. Aujourd’hui, je pense que la présence à Charlie d’Anne Hommel comme directrice de la communication, qui est liée au patronat et fabrique du mensonge en permanence, est contraire à la charte. Si les héritiers de Cavanna le souhaitent, ils ont des arguments pour reprendre leur titre.

Vous avez aussi sorti un documentaire intitulé « Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai » …

Quand j’évoquais Cavanna devant des étudiants en journalisme, je me suis rendu compte que ces nouvelles générations ne savaient plus qui il était ! Ça a été un choc car c’est quelqu’un de très important. A Charlie Hebdo on l’a mis dans un placard. Il est passé de l’édito à la page 3, puis la 9, puis la 12. Cavanna selon ses propres mots était devenu :« comme une potiche qu’on met sur un présentoir et qu’on ressort à Noël et au Nouvel an ».

En 2008, on l’a fait venir à Cannes pour la promotion du film de Daniel Leconte : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Il était en train en seconde classe et eux en avion. Ils étaient dans les grands hôtels et lui au Pierre et vacances. C’est une succession de petites saloperies qui désespéraient Cavanna. Mais c’est un taiseux. A force de le voir les dernières années, j’ai compris qu’il y avait un gros malaise. En plus, son éditeur Albin Michel ne le traitait pas très bien parce que ses livres historiques ne marchaient pas. Heureusement, à la fin de sa vie, il a rencontré Jean-Marie Laclavetine de chez Gallimard. « Lune de miel » est sorti. Un livre formidable qui renouait avec l’autobiographie. Il y a un autre mystère que j’ai percé. Pourquoi Cavanna s’est-il si peu opposé à Philippe Val ? Surtout au moment de l’éviction de Siné en 2008. En interne, il s’est bagarré pour que Philippe Val ne vire pas Siné. En externe, il n’a pas dit grand-chose.

Comment l’expliquer ?

A mon sens, il y a trois raisons. Il ne voulait pas mettre en danger l’équipe. Trente salariés dépendaient de lui. S’il reprenait son titre le journal s’arrêtait. Ensuite Charlie Hebdo lui donnait sa pitance : 4000 euros environ par mois. 2000 de piges et son fameux pourcentage. Enfin, il était fatigué. Il se bagarrait un peu seul.

C’est assez saisissant d’apprendre dans le livre qu’à la fin de leur vie Choron et Cavanna vivaient l’un à côté de l’autre sans se parler !

Choron venait chez mon copain le dessinateur Lefred-Thouron, dans la Meuse. J’habitais à côté. Il m’est arrivé de le voir à la fin de sa vie. Cavanna et Choron étaient deux frères qui s’aimaient énormément. Ils se sont fâchés. Mais ils se foutaient aussi sur la gueule au temps d’Hara-Kiri. Cavanna physiquement était beaucoup plus fort que Choron. Quand il s’énervait, Choron avait peur de lui ! Ils exprimaient assez peu leurs sentiments. En 2004, Choron est ruiné. Il fait des emprunts. Il va taper du fric un peu partout. Il achète la vieille cave de la rue des Trois portes qu’il réaménage en studio avec des tentures. Cavanna est de l’autre côté de la cour, au rez-de-chaussée. Choron n’est pas souvent à Paris parce qu’il a racheté une maison dans la Meuse. A Paris, les deux hommes vivent à 50 mètres d’écart sans se parler ! Cavanna passe ses nuits à écrire sous la petite lampe. En dessous, Choron boit du Jack Daniels… J’imagine dans le livre le bruit des glaçons contre le bruit du papier. Il y a quelque chose d’assez incroyable dans cette destinée !

On vous a vu récemment à Groland. Est-ce que ce sont les héritiers de Hara-Kiri ?

Bien sûr ! Et Siné Mensuel, CQFD… Moustic a écrit avec Kuntz ce sketch métaphorique où on me voit apparaître et disparaître. Ils m’ont invité à l’époque de Clearstream. Leur sketch « Philippe Veul » est à mourir de rire. Il y a des initiatives assez drôles sur Internet. Les formes sont à réinventer. L’avenir tournera sûrement autour d’un web média, avec peu de moyens. Des jeunes mecs géniaux, sans imiter, peuvent faire preuve de liberté. A un moment, un média s’oppose à une société et devient tellement indispensable, drôle et créatif que tout le monde le voit. C’est ce qui s’est passé avec Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Au départ Reiser, Sylvie Caster, Topor… n’étaient pas connus. Il y a eu une alchimie, une autostimulation. Et aujourd’hui on dit que ce sont des génies. Le premier talent de Cavanna, en dehors de l’écriture, a été de révéler le talent des autres. Ce n’est pas une génération spontanée. Ça se travaille.

Vous avez aussi participé au livre collectif « Informer n’est pas un délit », publié chez Calmann Lévy en 2015. La liberté des journalistes d’investigation est-elle de plus en plus précaire ?

Je retrouve les journalistes de news dans l’état où je les ai laissés au moment de l’affaire Clearstream. Pleutres, sans mémoire, moutonniers et décevants ! Paul Moreira qui est un ami m’a demandé d’écrire un texte. Je l’ai fait aussi beaucoup pour Antoine Deltour, le lanceur d’alerte de l’affaire Luxleaks, qui se retrouve dans la même situation que moi pendant Cleastream. Il est mis en examen au Luxembourg. Ce qui est scandaleux ! L’information est un bien précieux. Ces affaires sont des combats permanents. Les puissants, les multinationales, ont des moyens que les journalistes ou les lanceurs d’alerte n’auront jamais. D’autant plus si on n’est plus protégés par la législation. Ça va de mal en pis. François Hollande fait des promesses qui ne sont pas respectées. Je n’ai aucune confiance en Manuel Valls dont l’avocat s’appelle… Richard Malka.

De quoi être optimiste pour l’avenir !

J’ai une grande méfiance vis-à-vis de ce gouvernement. Dans ma région, j’ai voté les Républicains aux régionales parce que je ne voulais pas que le FN passe. Ça n’a pas été de gaieté de cœur ! Si Sarkozy a une responsabilité dans cette spirale infernale celle de Hollande et Valls est accablante. On ne peut pas se satisfaire d’aller au second tour des Présidentielles en étant derrière Marine Le Pen ! Un pays qui vote à 40% pour le FN est un pays qui va mal ! La médiatisation à mort de l’insécurité fait monter le FN. Les interviews de Marine Le Pen à « Des paroles et des actes » ont un effet. Les journalistes sont trop mauvais. Il faut être beaucoup plus travailleur et précis dans ses questions. Ne rien lâcher. Bourdin y parvient un peu. Mais ça tient aussi du show. Il y a un problème évident de journalisme dans ce pays !

Quelle morale peut-on tirer de tout ça ?

J’ai fait cette enquête pour montrer que Cavanna et Choron étaient beaucoup plus courageux qu’on ne l’est aujourd’hui ! Il y a des leçons à prendre du passé. C’est troublant de voir que Malka, Val, et leur avocat Georges Kiejman, qui ont fait carrière en passant pour des champions de la liberté d’expression, ont tout fait pour empêcher la sortie de mon livre. Ils n’y ont pas réussi parce qu’on a résisté aux pressions. Val a écrit son bouquin pour contrer le mien. C’est une bouse, incroyable d’exhibitionnisme et de mensonge ! Quand on est sérieux, on ne peut pas y adhérer. Pourtant, il a été invité sur tous les plateaux. Ce qui est drôle, c’est que suite à mon passage à Groland, j’ai été invité à mon tour chez Taddéi, LCI… Il y a une morale. Mon livre a été réimprimé deux fois et marche assez bien. Pas le sien. Mais ce qui lui importe c’est qu’on ne parle pas du mien. Il a honte et il a raison !

Quels sont vos projets ?

J’écris un scénario pour le cinéma. J’ai un autre bouquin en tête. En avril, je sors la BD : «Le Colorado en plus petit » chez Dargaud. J’en ai une autre « Le circuit Mandelberg » qui sera peut-être adaptée au cinéma. J’ai mobilisé deux ans avec cette histoire oubliée de Cavanna et de Charlie Hebdo. Ce qui compte c’est que les gens lisent le livre, et en parlent…

Pour aller plus loin :

http://www.julliard.fr/site/mohicans_&100&9782260029014.html

Cavanna jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai, un film disponible en DVD de Denis et Nina Robert- Citizen films 2015. Avec Cavanna, Siné, Delfeil de Ton, Sylvie Caster…

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19553716&cfilm=237497.html

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Published by Gri-Gri International The Dissident - dans Arts & culture
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