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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 12:52
#GabonHéritage / Ali Bongo, Robin en bois des BMA

Le 17 Août au soir, sa petite majesté nous a parlé debout pour nous dire finalement deux choses : le dialogue national inclusif, c’est le CND ou rien ; et, les biens mal acquis par la famille Bongo vont officiellement passer à l’Etat gabonais à la tête duquel est juché ABO qui n’entend nullement le quitter. Il lui semble apparemment plus aisé de récupérer des biens qui seront blanchis par leur nouveau statut de patrimoine de l’Etat gabonais. Ce qui, au passage, lui permet de contourner l’adversité familiale qui sévit, en interne, contre lui.


Alors que ne sont pas encore légalement tranchées les questions d’héritage des Bongo entre eux et que, dans le même temps, l’épineux écheveau de l’immense fortune mal acquise des Bongo ne trouve pas d’épilogue, sa petite majesté, à l’occasion de son discours à la nation, s’est fait condescendant en déclarant affecter une partie de ces biens mal acquis à l’Etat gabonais. A moins d’un an de la présidentielle parce que l’homme est régulièrement interpellé sur cette question, on comprend aisément la manœuvre. Cette allocution, c’est le coup d’éclat permanent, de la com., encore de la com., toujours de la com., au point où se tenir debout pour lire un texte téléprompté devient un exploit révolutionnaire dans les bouches soumises des Rossatanga, Moubélet, Billie by Nzé et autres Enongoué, les griots de service - les Gabonais auraient souhaité que ce soit le contenu du texte qui tînt debout. Jusqu’à vouloir nous faire avaler que la sérénité serait revenue chez les Bongo quand on sait que parmi les cinquante-trois héritiers déclarés d'Omar Bongo, seul Ali Bongo Ondimba, actuel chef de l'Etat gabonais, n'a pas communiqué d'acte de naissance. Or, comme le rappelait Ona Essangui, le 20 juin 2015 sur Gabonlibre : « Ce que Nantes nous produit n'établit aucun lien de filiation entre Alain Bernard Bongo et Albert Bongo. Ce qui lui aurait d'emblée accordé la nationalité gabonaise ou française de son résumé père... Or, [dans] l'extrait fourni par Nantes [les] mentions d'ordre public n'apparaissent nullement, ce qui fragilise le caractère authentique d'un tel acte. » La crainte d’être rattrapé par les BMA avant que sa situation administrative ne soit résolue hante l’esprit d’ABO. Les passer officiellement à l’Etat permet donc de voir venir. Dans ces conditions, sa déclaration de « bienfaisance » ne convainc pas lorsqu’il annonce, crânement, « au nom des enfants d’Omar BONGO ONDIMBA, que nous avons décidé de céder l'Etat, à titre gracieux, la propriété située à côté du Camp de Gaulle, dans le 1er arrondissement de Libreville. Elle sera destinée à créer une université au profit la jeunesse gabonaise… [et que] nous avons décidé de céder à l’Etat gabonais, pour le franc symbolique, deux propriétés en France ayant appartenu à Omar BONGO ONDIMBA. Il s’agit de deux hôtels particuliers, situés rue de la Baume dans le 8e arrondissement pour l’un, et rue Edmond Valentin dans le 7e arrondissement de Paris, pour l’autre. Ces biens immobiliers, qui feront désormais partie du patrimoine de l’Etat gabonais, seront affectés à un usage diplomatique et culturel ». Ce qui suggèrerait que les tensions internes aux héritiers se soient estompées, et que l’harmonie serait retrouvée. Le doute est plus que permis. Les biens mal acquis sont généralement définis comme « tout bien meuble ou immeuble, tout avoir ou fonds susceptible d’appropriation privative soustrait illégalement du patrimoine public et qui a pour effet d’appauvrir le patrimoine de l’État ». Les deux hôtels cités plus haut font partie de la liste officielle des BMA. C’est le délit et le crime permanents qui ont permis à des dirigeants un enrichissement que leurs revenus ne peuvent justifier. C’est le résultat de détournements de fonds, de vols ou de transferts illicites d’argent public entre les comptes nationaux et leurs comptes personnels, de la corruption et de l’octroi de rétrocommissions. Les auteurs des infractions utilisent souvent les mécanismes d’évaporation des capitaux opaques, garante d’impunité, grâce notamment aux paradis fiscaux et judiciaires et à la complicité de pays développés. Les associations Survie et Sherpa ont porté plainte pour « recel de détournement de biens publics et complicité » auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris contre cinq chefs d’États africains en fonction et leurs familles dont les Omar Bongo Ondimba. Ils sont soupçonnés d'être propriétaires en France de nombreux biens immobiliers de luxe et détenteurs d’avoirs bancaires auprès de banques françaises et/ou de banques étrangères ayant des activités en France. Le journal Le Monde, qui s'est procuré les procès-verbaux d’une enquête policière ouverte à cet effet par le parquet de Paris en juin 2007, puis classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée » en novembre 2007, révèle en janvier 2008 que des membres de la famille Omar Bongo détiennent des douzaines de maisons et appartements à Paris et dans le sud de la France, dont certains ont une valeur de plusieurs millions d’euros, soixante-dix comptes bancaires et neuf véhicules de luxe dont certains payés par des chèques du Trésor public gabonais. La famille d’Omar Bongo Ondimba posséderait ainsi trente troisappartements ou maisons dont un hôtel particulier de plus de 18 millions d’euros à Paris, acheté en juin 2007 par une société civile immobilière associant deux enfants du président gabonais (13 et 16 ans). Le quotidien français « Le Parisien » nous révélait, en février 2015, que « le 4 novembre dernier [2014], l’homme de confiance de la famille Bongo à Paris, Daniel Mentrier, 69 ans, a été mis en examen pour complicité de blanchiment de détournement de fonds publics et recel. Il a admis que 53 millions d’euros avaient été déposés en espèces dans les années 2000 par les dirigeants gabonais sur le compte de sa société Avenir 74, pour l’achat et l’aménagement de deux résidences de luxe à Paris et d’une troisième, à Nice (Alpes-Maritimes).

Proche d’Omar Bongo (président de 1967 à 2009), puis de son fils et successeur Ali Bongo, Daniel Mentrier a déclaré aux juges : « Les règlements en espèces sont légaux au Gabon, et le président et sa famille fasaient partie des plus grandes fortunes au monde. » Tout était donc normal à ses yeux. Trois autres proches de la famille Bongo ont aussi été mis en examen et les actes des ventes litigieuses ont été saisis lors de perquisitions chez des notaires. Les leçons de magnanimité professées par ABO, le 17 au soir, masquent mal la crainte d’une amplification de l’affaire des BMA qui le pousse à déclencher une opération, moins philanthropique qu’elle n’y paraît, de récupération de ce qui peut l’être encore par l’Etat-Bongo. Mais, est-ce le détourneur qui doit établir le niveau de sa rapine ou alors l’addition de ses revenus mensuels multipliés par le nombre de mois et d’années moins l’insolence des signes extérieurs d’une immense richesse visible à l’œil nu fermé ? Est-ce au détourneur de décider s’il doit lui revenir une part de ce qu’il a dérobé ? Ou encore de ce qui doit revenir au Gabon et ce que lui doit conserver ? N’est-ce pas au peuple gabonais d’en décider ? ABO et sa famille sont au cœur de la question de ces biens mal acquis. ABO cherche à en sortir ou, plutôt, à ne pas perdre sur les deux tableaux : celui de l’héritage et celui des BMA. Quand, démagogue et, candidat, en pré-campagne électorale, il se laisse aller à dire que sa part « d’héritage sera partagée avec toute la jeunesse gabonaise, car, à [ses] yeux, tous les jeunes de ce pays sont héritiers d’Omar BONGO ONDIMBA. », sa petite majesté et ses laquais veulent, en fait, échapper à l’étau des procédures de restitution des biens mal acquis dérobés par la famille Bongo un demi-siècle durant. Car, de vraies restitutions ont eu lieu ailleurs. En Suisse, par exemple, où 658 millions de dollars ont ainsi été restitués après 17 ans de procédure aux Philippines sur les fonds des Marcos, l’ex-famille régnante ; 2,4 millions de dollars des fonds du dictateur malien Moussa Traoré ; 594 millions de dollars des fonds du dictateur nigérian Sani Abacha ; 80 millions de dollars des fonds détournés par le clan d’Alberto Fujimori au Pérou. Le Royaume-Uni a restitué au Nigeria des fonds de Sani Abacha hébergés à Jersey. Les États-Unis et leurs alliés en Irak ont réalisé la plus grosse restitution en saisissant en 2003 plus de 2 milliards de dollars appartenant à la famille de Saddam Hussein, somme qui doit servir à la reconstruction de l’Irak. Seule, la France, qui a pourtant ratifié, la première, la convention des Nations Unies contre la corruption (Convention dite de Mérida), n’a encore engagé aucune procédure de restitution. La plupart de ces restitutions se sont déroulées après la chute des dictateurs. Chassé du pouvoir, ABO sait donc ce qui l’attend. Aujourd’hui, il ne peut, sans acte de naissance, hériter de la fortune illicite de son prédécesseur. Demain, les BMA – en fait, l’héritage des Bongo - rétrocédés au nouvel Etat ne lui bénéficieront plus. D’où sa subite générosité.

TEXTE - STEPHEN JEAN LANDRY

in Echos du Nord N°298

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