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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 10:00
Zemmour est comme Sarkozy : un inculte faux fan de foot !

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La titraille est de la rédaction

16 octobre 2014, par Jérôme Latta

Le football, objet du délire d’Éric Zemmour

Il n'est pas démontré que, mieux que tout autre, Éric Zemmour incarnerait l'immixtion des éditorialistes, des intellectuels médiatiques et autres penseurs consacrés par l'époque dans les affaires du football. Mais il fait peu de doutes qu'il a illustré avec une certaine constance l'instrumentalisation de ce dernier à des fins extérieures, l'hystérisation des débats au moindre incident et l'alimentation des nombreux psychodrames nationaux dont il aura été le prétexte depuis une petite vingtaine d'années. Pour lui comme pour la plupart de ses pairs, le football est devenu une obsession, à la fois symptôme de la décadence du pays et moyen de stigmatisation d'une partie de sa population.

LE PARADIS PERDU DES VERTS

Aussi n'y a-t-il pas grande surprise à constater que le football est un des fils rouges de son essai Le Suicide français, faisant l'objet de cinq passages substantiels. Comme annoncé dans l'introduction, l'auteur entend narrer "les quarante années qui ont défait la France", non seulement "président après président, loi après loi, élection après élection, intellectuel après intellectuel, (…)", mais aussi "match de football après match de football".

Dès "1976" (on aura vite compris qu'il s'agit d'évoquer l'épopée de l'AS Saint-Étienne), on est frappé par la récitation des clichés et l'accumulation des approximations. La "région ouvrière qui connaissait encore la valeur du travail bien fait", la "morale ancestrale" partagée par les joueurs, leur "esprit d'abnégation, de sacrifice". Zemmour dénigre le mépris des intellectuels pour le football, mais moque la "chanson ridicule" qu'il rebaptise pour l'occasion "Qui c'est les plus forts, les plus forts, c'est les Verts" (sic). À l'évocation des "torses frêles de gamins poussés trop vite", on a subitement l'image de Christian Lopez infligeant un tampon à l'auteur du Bûcher des vaniteux.

Mais la véracité importe peu: il s'agit déjà de faire rentrer l'histoire, vite secondaire, dans les cases zemmouriennes d'une simplification qui se soucie moins des anachronismes que de prendre des raccourcis (c'est l'époque de Jean-Luc Lagardère, lit-on). Conclusion entre contre-vérités et métaphores appuyées: les "marchands du temple" sonnèrent le glas "lorsque les Verts redevinrent l'obscure ASSE courant vainement après un ballon dans un stade à moitié vide" [1], quand "les anges verts furent chassés du paradis comme de vulgaires humains".

ALLEMAGNE 82 : VIEUX CLICHÉS, VIEILLE GUERRE

S'agissant d'aborder l'inévitable France-Allemagne de 1982, le second passage sur le football porte le niveau des stéréotypes à un niveau difficile à retranscrire. Contentons-nous, pour en donner une idée, de lister les noms propres jetés au lecteur: Verdun, Panzerdivisionen, Jules César, Frédéric II, Guillaume d'Orange (nda: l'arbitre était hollandais), Waterloo, Blücher, Bismarck, Heidelberg. L'Allemagne est "l'ennemi héréditaire" qui inspire une "peur séculaire" [2].

La lourdeur des métaphores est de nouveau en phase avec la grossièreté des parallèles. Avec cette charrue, Éric Zemmour peut tracer sans peine son sillon sur la pelouse de Séville. "Nos joueurs incarnaient l'ultime génération du XXe siècle français, ils furent les derniers enfants qui apprirent le roman national tel qu'on l'enseignait depuis Michelet." Et la défaite a rien moins que "sonné le glas des illusions françaises dans le siècle". Ainsi Pierre Mauroy venait-il de dévaluer le franc, et la France "ravalait sa superbe de nation indocile et rebelle et s'alignait tout honte bue sur le modèle allemand".

À la manière de bien des journalistes sportifs, Éric Zemmour commente le score pour lui trouver toutes sortes d'explications rétrospectives. Si la frappe de Manuel Amoros à la 90e était arrivée dix centimètres plus bas, on doute que l'histoire de l'Europe aurait changé de cours, mais on est sûr que cette demi-finale de Coupe du monde n'aurait pas figuré dans Le Suicide français.

LA PATRIE, CE "GROS CLOCHER"

Le troisième passage "footballistique" du livre ne l'est pas complètement puisqu'il porte sur "la chute du Berlusconi français", alias Bernard Tapie. Rendons cette justice à l'auteur: le propos se tient, les éléments liés à l'Olympique de Marseille et à l'affaire VA-OM ne servant d'ailleurs que de toile de fond – et le cas Tapie étant de toute façon suffisamment limpide pour ne laisser que peu de marge aux interprétations.

Le même constat pourrait prévaloir à propos de la partie consacrée au "voyage triste du football après Bosman". En effectuant quelques coupes judicieuses, le texte pourrait presque prétendre à une critique assez pertinente de la marchandisation du football s'il ne versait pas, une nouvelle fois, dans une nostalgie simpliste qui pare un passé mythologique de toutes les vertus (celle évidemment, de l'identification des "foules au club de leur cité, de leur région, de leur nation", dans un football "articulé autour de querelles pacifiques de clochers – jusqu'au plus gros clocher qui était la patrie") [3].

Surtout, la dérégulation du marché des joueurs est réduite à la disparition des quotas d'étrangers, dont on ne se souvient pourtant pas qu'ils furent "célébrés par les médias français comme une grande victoire de la 'Liberté'". Ni que "les associations d'extrême gauche et antiracistes se réjouirent d'un refus de la xénophobie et du racisme". Encore moins que l'on fit "taire" "les voix [qui s'élevaient] pour protester contre cette élimination radicale des autochtones (sic) en les traitant de xénophobes et de racistes". On comprend bien que c'est le cosmopolitisme des équipes que déplore avant tout Zemmour, alors qu'il n'est qu'un symptôme de la libéralisation du football professionnel.

1998-2010 : UN DÉLICIEUX CALVAIRE

Cela semble un principe de la pensée zemmourienne: mêler des observations justes, des lieux communs contestables, des approximations ou des erreurs complètes (voilà que les socios sont "les supporters qui suivent les équipes italiennes anglaises ou espagnoles"), des affabulations et des outrances ridicules (les agents de joueurs, "fournisseurs de came et de filles"). Son opportunisme transparaît aussi quand il s'approprie sans vergogne Marx ou des intellectuels de gauche comme, en l'occurrence, Eduardo Galeano.

Elle ne va pas sans schizophrénie, quand Zemmour oublie qu'il alimente ce qu'il dénonce, quand il évoque la crispation identitaire autour de l'équipe de France ou quand il déplore que l'on "sorte du jeu pour entrer dans la morale", fustige la "foire aux origines", "l'art de la récupération" et "l'utilisation du football à des fins de propagande idéologique, nationaliste et politique". Toutes citations extraites de sa dernière excursion sur les terrains de football, qui constitue un véritable feu d'artifice, comme l'on pouvait s'y attendre puisqu'il s'agit de parcourir le chemin entre les Coupes du monde 1998 et 2010. Du pain bénit.

Si la célébration de la France "black-blanc-beur" mériterait une analyse critique raisonnée, ce n'est pas l'objectif de l'auteur, à qui elle sert d'épanchement contre le multiculturalisme et l'antiracisme, sur lesquels la "punition céleste" ne tarde pas à s'abattre, de l'affaire du France-Algérie 2001 jusqu'à la grève de Knysna. La punition céleste, c'est évidemment celle infligée par les éditorialistes comme Éric Zemmour, durant cette période qui les voit s'emparer du football.

L'ÉQUIPE DE FRANCE DES CAÏDS MUSULMANS DE BANLIEUE

Le discours, déjà caricatural, devient complètement performatif, collant bout-à-bout les généralisations, les amalgames, les inventions, les rumeurs – tous si nombreux qu'il serait aussi fastidieux que désespérant de les énumérer. La thèse est bien entendu celle de l'invasion du football par les jeunes des cités – de banlieue – musulmans, "caïds" aux "mœurs violentes", à l'image de Franck Ribéry "quasi-illettré", "incarnation flamboyante de ce lumpenprolétariat français du 21e siècle". Le mépris et la haine sont cette fois parfaitement perceptibles dans cet acte d'accusation, même si celui qui s'épanche ainsi va encore chercher des cautions à gauche et à droite: chez le sociologue Stéphane Beaud ou chez le journaliste Daniel Riolo [4].

Trouvant du grain à moudre où bon lui semble, sans le moindre souci de recul ni de pondération, Zemmour semble ne pas voir qu'il est lui-même le principal pourvoyeur d'eau de son moulin, à l'intérieur de la roue duquel il court comme un hamster, saisi de son propre vertige. "La classe moyenne blanche française retrouvait dans le football, source de divertissement, ses angoisses sécuritaires et identitaires", écrit-il, parlant finalement de lui-même, diagnostiquant une pathologie qui est la sienne.

Le "roman national" d'Éric Zemmour est une fiction paranoïaque, son livre une mise en scène d'obsessions personnelles qu'il partage et a fait partager, grâce à la complaisance de nombreux médias, à une large frange de l'opinion française. La façon qu'il a d'y aborder le football est particulièrement symptomatique de cette France qui pratique la haine de soi. Jusqu'au suicide, effectivement.

TEXTE / JÉRÔME LATTA

BONUS : un reportage dans le livre des Cahiers du football (maison mère de Jérôme Latta) à l'occasion de la soirée de son lancement, il y a déjà...quelques temps.

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Published by Gri-Gri International - dans Sports Politique Ordre (du jour)
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commentaires

ouakamala 26/10/2014 16:34

SA SERAIT BIEN QUE VOUS PARLIEZ DE VOTRE DIEUDONNE QUI EST GENIAL GRIGRI !o)
http://www.youtube.com/watch?v=WzDbF7gVR5U

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