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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 19:16
#TheDo existe toujours. Les derniers humains respirent. Les bobos aussi. Il faudra s'en occuper. Un autre jour. / Jérôme Reijasse 7 Jours loin du monde

En attendant qu'il ait trouvé un titre de rubrique aussi performant que 7 jours loin du monde, les lettres d'amour amères de Jérôme Reijasse, destinées à ce qu'il reste d'humain, d'innocent et de non dérisoire en chacun d'entre nous, seront classées dans 7 jours...

The Do est un paradoxe. Il écrit des tubes (l'entêtant et désormais ineffaçable “On My Shoulders” sur le premier album, en 2008 je crois), emplit des salles, toutes celles où il passe, qu'elle soit club ou hangar, en France comme à l'étranger, vend des disques quand beaucoup d'autres les offrent avec un paquet de lessive (à moins que ce ne soit le contraire). The Do se permet même d'écrire les disques qu'il veut, sans se soucier de l'extérieur, de l'avis des aveugles et des sourds. Et pourtant, The Do, duo mâle/femelle, à la fois sexy et mystérieux, agace un certain nombre de gens, d'institutions. Il est suspect, on lui prête de drôles d'intentions. On le dit snob, infréquentable, trop beau pour être honnête. On ne parvient bizarrement pas à valider sa crédibilité. Malgré les chiffres indiscutables, malgré l'appui de médias dominants et pensants bien (Inrocks, etc...), malgré sa musique, tangible, disponible...

Peut-on expliquer ce paradoxe? L'hexagone est-il encore déchiffrable de toute façon ? Ce pays dévoré par sa propre facilité et qui n'en finit plus d'adorer des dieux depuis longtemps piétinés a-t-il encore la capacité de jugement nécessaire lorsqu'il est question de distribuer des récompenses, des notes ? D'édifier des hierarchies ?

Le grand Bernanos, mort (que dirait-il de tout ça s'il revenait ?) et oublié à l'heure où l'on préfère apprendre à nos enfants à l'école la prose débile et à béquilles d'un Grand Corps Malade ou d'un Pennac, écrivait ceci : “Les ratés ne nous rateront pas.” Cette phrase, géniale tellement elle était prophétique, pourrait parfaitement s'appliquer à The Do. On ne peut comprendre quelque chose qui préfère, aux raccourcis indigents et pratiques, les sentiers de la souffrance et de la création. Car The Do ne compose pas comme il respire. Il travaille, il recommence, il transpire, sans salle de sport ni sauna, il creuse, loin, profond, là où les sentiments se sont débarrassés de leurs oripeaux les plus évidents pour toucher à quelque chose de viscéral. Certes, The Do pratique la pop, si l'on devait absolument étiquetter la musique. Mais une pop jamais niaise, toujours exigeante, volontaire, ambitieuse. À l'identité trempée dans l'acier le plus costaud. Il est aujourd'hui facile de confondre les acteurs, de prendre un artiste pour un autre. Ils bégayent souvent la même rengaine, portent les mêmes perruques. The Do, lui, n'en fait qu'à sa tête et ça s'entend. Comme sur son troisième album, “Shake Shook Shaken”, où l'on peut voir Dan Levy et Olivia Merilahti menottés, lui assis dans une voiture côté conducteur, un ordinateur portable posé sur l'autre siège, toujours avec sa tronche de Johnny Depp paranoïaque et insoumis et elle, l'air triste, fatigué, belle, debout, à l'extérieur du véhicule, vêtue d'une combinaison orange évoquant autant Guantanamo qu'un ouvrier d'autoroute. Cette pochette dit peut-être beaucoup. On a envie de les imaginer en cavale, d'apprendre qu'ils ont préféré fuir ce monde pour encore mieux dessiner des petites chansons capables de tuer et d'écrire la vie des autres, de ceux qui les écoutent. Et les aiment, sans retenue ni préjugé. Serait-ce la police qui a pris ce cliché au moment de leur arrestation ? Ou un fan hystérique qui les aurait surpris en plein ébat créatif ? On s'en moque bien sûr. Le secret, l'ombre, l'indicible sont peut-être les derniers combats. Dans une société où il faudrait tout avouer, tout dire, tout montrer, comme si la lumière était gage de vérité, de liberté, de sécurité... L'histoire a démontré depuis longtemps que les premiers à exiger de la transparence cachaient souvent des secrets atroces. Des crimes de vertige.

Certes, The Do a certainement des choses à se reprocher. Tous coupables, hein ! Dan a une réputation. De pénible, de mégalo, d'ancien du jazz qui, depuis son trône d'instruit, de capable, regarderait notre monde avec un sourire narquois, une intransigeance pas négociable, un paternalisme irritant. Il est trop beau gosse ou pas assez. On ne sait pas, on ne sait plus. Des gens qui n'aimaient pas The Do juste pour ça, j'en ai croisés pas mal. Faut-il être moche, sympa et accessible pour être aimé, respecté, adoubé, épargné ? Faut-il être Zaz en somme? Il semblerait... Ces mêmes personnes leur reprochaient également d'être cul et chemise avec certaines officines de presse (Inrocks cités plus haut). Et donc ? Les derniers peuvent parfois être les premiers, si, c'est possible, je le jure Monsieur le Juge. Il est possible de se tromper mille fois et de viser juste une fois. Et puis, les Inrocks ne pouvaient qu'aimer ce groupe. Il a démarré avec un tube (le succès immédiat rassure toujours les frileux), il dégage une classe évidente et ses chansons sont assez cruelles, indépendantes, fières pour impressionner les mous de la culture hebdomadaire.

Et le groupe, après un succès trop rapide en 2008, a eu L'AUDACE de sortir un deuxième album compliqué, pas facile, torturé et ça... Mais pour qui se sont-ils pris, ces deux énergumènes? Les salauds! Alors que la recette était bonne, identifée, les journalistes rassurés, les diffuseurs comblés! Pourtant, en 2014, le public est toujours là, fidèle.

Mystère...

Et ce disque, ce troisième enregistrement alors ?

Autant le premier effort studio ne m'avait, à l'époque, pas vraiment convaincu. En tout cas pas touché. Cette pop un peu solaire, un peu moderne, ce n'était pas pour moi. J'avais admis que le travail était honnête, que cet artisanat n'avait pas l'air de tricher. Je n'étais pas allé plus loin. Voilà, c'est comme ça, je suis comme ça. Le deuxième album, en 2011, Both Ways Open Jaws, possédait plus d'éléments propres à me rallier à leur cause. Moins frontal, plus ténébreux (apparemment mis en boîte surtout la nuit), j'avais écouté et peut-être compris où ils voulaient en venir, les deux esthètes branchés (j'écris comme pensent leurs plus fidèles détracteurs).

Là, c'est encore autre chose. Ce disque est une piste de disco en pleine descente de coke, une implosion permanente qui pousse pourtant à vivre, à encore avancer. Des vibrations, cosmiques ou pas, des roulements, des vagues qui avalent les réticences éventuelles, les ultimes barrières. Ce disque, c'est le lointain qui glisse, qui rapproche des continents pourtant séparés pour toujours. C'est la solitude à deux, des pleurs transformés en armes, des stalactites qui griffent, des portes qui claquent mais jamais ne se ferment. Avant, The Do fédérait, fusionnait, réchauffait. Ici, il déchire, arrache, sépare, mécanise, refroidit, élargit la création dans le sens où il a utilisé principalement des instruments accessibles à tous (le fameux laptop sur le siège). La force du groupe ? De rendre tout ça sensuel, attirant, enivrant. La voix d'Olivia est une sirène qui promet la mort et on y va quand même. Les chansons sont toutes belles, racées, létales.

The Do existe toujours. En 2014. Les derniers humains respirent. Les bobos aussi. Il faudra s'en occuper. Un autre jour.

Texte / Jérôme Reijasse

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