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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 04:00
Melvin Bliss Synthetic substitution / Ministère AMER Damnés (#Beaucoupdegenssontsouspressionlesapaiserestmamission)

Comme Pelé, je continue ma lutte, /

Feinte à droite, feinte à gauche, tir et but.

Le texte ci-dessous est paru en 2013 chez un blogueur passionné, Lud le Scrobouillard, cultivé musicalement, judicieux, et qui sait rendre aux deux disques de Ministère AMER ce qu'il leur doit. Sur le même principe que les pages School of sampling de Get Busy, il part du morceau Damnés et découvre celui à partir duquel il a été musicalement conçu et produit. Tout en re-situant l'arrivée des deux missiles sarcellois dans le paysage rap gaulois des années 90.

J’ai choisi cette semaine le morceau Damnés du Ministère Amer, présent sur leur 1er album Pourquoi Tant De Haine ?, sorti en 1992 chez Musidisc, et qui contient un sample de Synthetic Substitution de Melvin Bliss (1977).

Kenzy, Stomy, Passi, Frédéric Bride habitent Sarcelles et font des excursions à Paname à la fin des années 1980 ; ils forment vite l’association loi 1901 A.M.E.R. (Action Musique Et Rap) avec d’autres, Mariano Beuve, Guetch, Moda, Hamed Daye, etc. Invités par Dee Nasty et Lionel D sur Nova, leur 1er maxi Traitres sort en 1991 sur un label indépendant. Puis viennent leur album en 1992, un reportage de l’émission Rapline présentée par Olivier Cachin en 1993, leur 2e album 95200 en 1994 : entre Brigitte Femme De Flic en 1992, leurs apparitions publiques (Ça ce discute), leur image hardcore et gangsta franchouille (le croisement de Huey P. Newton et de Darin « Doughboy » Baker), le fantasme déclenché par l’appellation « Secte Abdoulaï », et leur morceau Sacrifice de Poulet en 1995 (pour la compil de chansons inspirées par le film La Haine), le Ministère provoque la colère de la France bien-pensante. C’est oublier un peu vite l’aspect contestataire et conscient de leurs lyrics : racisme, brutalités policières, négritude, volonté affichée de faire un art français, indépendance, observation crue d’un quotidien banlieusard fantasmé. C’est oublier la qualité et l’énergie de leurs lyrics, de leur flow. C’est oublier l’esprit d’entreprise de Kenzy, tête pensante du groupe, stagiaire chez Musidisc, en BTS pub, prenant en main tout l’administratif, la logistique, le marketing, la distribution[1]. Le mec ira jusqu’à créer son label, le Secteur Ä, qui aura le succès que l’on connaît, entre le concert à l’Olympia pour les 150 ans de l’abolition de l’esclavage et la sortie des Neg, Arsenik, Janik, Pit Baccardi, Fdy Phenomen, etc.

Encore une fois, je suis entré par la fenêtre. Collégien, je mate les clips. Mes Forces Décuplent Quand On M’Inculpe de Stomy, Je Zappe Et Je Mate de Passi, Nirvana et Né Ici du Doc. J’achète beaucoup de singles et d’albums[2], mais je ne m’en contente pas longtemps : Vinz me copie dans la foulée L’Intégrale du Ministère sur une K7. Découverte d’un monde. Dorénavant, je ne jure que par le Ministère, le rap s’est arrêté en 1997 ! Le livret accompagnant L’Intégrale est très usé aujourd’hui, à force de lire, relire, décrypter et rapper les lyrics. Pour moi, le Ministère, c’est de nouvelles sonorités (rythmes irréguliers, samples acid-funky à souhait), c’est la découverte de Franz Fanon, de la colonisation et de la Françafrique, c’est Je Flirte Avec Le Meurtre, c’est les baskets blanches, c’est Un Eté A La Cité, c’est… une partie de ma culture.

Texte / Lud le Scribouillard

[1] Lire à ce propos le long entretien donné par Kenzy au dernier numéro de Snatch, n° 19, septembre-octobre 2013.

[2] Stomy Bugsy arrive à un moment crucial dans ma vie culturelle. Peu avant, ma chère grand-mère, qui m’offre souvent des livres depuis que je suis tout petit (ethnologie avec photos, les volcans, géographie avec dessins, histoire, etc.), me transmet un bouquin qu’elle avait reçu de France Loisirs avant ma naissance : Le Syndicat du Crime de J.M. Charlier et J. Marcilly, qui parle de la naissance du crime organisé moderne aux Etats-Unis du début du siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. En même temps que je dévore le bouquin, je reste un ado fasciné par les gangsters : je découvre les films qui deviendront cultes pour toute une génération, et les nombreuses références de Stomy aideront à m’y retrouver : Les Affranchis et Casino, Scarface, Le Parrain, Les Incorruptibles, Pulp Fiction, la série des Syndicat du crime, The Killer, Les Indomptés, Nos Funérailles, Usual Suspect, Heat, Premiers Pas dans la Mafia, Carlito’s Way, etc. Evidemment, je redécouvre ses films avec un autre regard à mesure que je deviens un adulte…

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